8.12.09

Le monde est la plus riche des écoles buissionnières

Parfois on apprend au fil des rencontres informelles, dans la rue ou les bistrôts, et parfois on se retrouve l'air de rien assis sur un banc d'école à écouter un maitre raconter l'histoire de l'enseignement. C'est un peu ce qui s'est passé il y a quelques semaines, à l'occasion de la visite d'un expert pédagogue Cubain.

Pour ceux qui ne le savaient pas encore, Cuba a l'un des meilleurs systèmes éducatifs et un taux d'alphabétisation supérieur aux Etats-Unis. C'est aussi l'un des pays pionniers dans la révolution énergétique, pas par idéologie mais par la force des choses. Cette révolution elle est tout près dans les pays du nord, mais tarde à se mettre vraiment en marche. Peut-être que le sommet de Copenhague accélèrera les choses, peut-être pas. Toujours est-il que nous voilà à écouter un cours magistral sur les raisons d'un changement de modèle centralisé à un modèle de production et distribution décentralisé qui s'adapte aux énergies renouvelables et challenges des décennies à venir. Au programme donc démonstration technique, efficacité énergétique, modèles de facturation qui favorisent une réduction de la consommation et surtout l'éducation.

Mario, l'expert en question représentant de Cubaenergía nous a fait un petit clin d'oeil assez inattendu, en relatant son voyage dans la communauté de Monkey Point où il a été invité par blueEnergy. Avec une émotion non dissimulée il nous racontait que le jour de son arrivée à la communauté était le jour de la cérémonie de graduation des élèves de l'école communautaire. Et pas question de s'y présenter avec un costume non repassé. Oui mais voilà, est-ce que le système hybride éolien-solaire installé peut supporter la charge énergétique d'un fer à vapeur ? Discussions entre les membres de la commission d'énergie, consultation de l'équipe technique de blueEnergy qui accompagnait Mario. Réponse: Oui, mais si tout le monde se met d'accord pour ne rien brancher d'autre en même temps. La cérémonie a ainsi pu se dérouler sans plus d'imprévus, après un débat démocratique à faire pâlir de honte les irresponsables individualistes que nous sommes.

Peut-être ne le saviez vous pas mais dans nos pays industrialisés on produit beaucoup plus d'énergie que ce que l'on consomme, entre autre à cause des pertes considérables dûes aux distances du réseau de distribution centralisé. C'est l'une des raisons qui ont conduit Cuba à décentraliser sa production A l'autre extrême de la centralisation on trouve notre système de Monkey Point qui donne de l'énergie à une vingtaine de familles. Dans cette communauté, on demande à une communauté qui il y a 5 ans ne savait rien des miracles de l'énergie, non seulement de devenir des techniciens capables de réparer un système complexe dont tout est nouveau, mais en plus de gérer l'énergie produite de façon bien plus démocratique que ce que l'on fait dans nos pays soit disant éduqués où l'énergie est culturellement une source illimitée qui répond à nos infinis désirs.

Il y a bien dans nos pays quelques exemples d'associations de propriétaires qui ensemble gèrent leur énergie mais c'est plutôt rare, le réseau national n'étant jamais bien loin. Il n'en est pas de même dans tous les coins de la planète, et bien souvent ici même si le réseau se trouve relativement près, une petite communauté multiethnique et désorganisée n'est pas un marché intéressant. Dans tous les cas, cette présentation était l'occasion de se rendre compte que si la côte Atlantique du Nicaragua où 75% des gens vivent sans aucun accès à l'énergie a un grand besoin d'éducation sur l'énergie, dans nos pays du nord on a en revanche un au moins aussi grand besoin de réapprendre ce que l'on croyait savoir sur l'énergie.

Pour revenir au cas de la côte, l'éducation y est un enjeu important, par exemple pour arriver à y développer la première formation en énergies renouvelables d'Amérique Centrale. C'est ce que blueEnergy s'efforce de faire en partenariat avec l'INATEC de Bluefields. Mais tout çà c'est encore un peu théorique, alors que l'éducation c'est parfois très concret. Un exemple sur lequel je travaille en ce moment se trouve tout près de Pearl Lagoon, une école tout à fait particulière créée par FADCANIC, un centre d'éducation environnemental et agro-forestier. Jusque là rien de bien nouveau, à part l'approche de ce qu'est l'éducation dans ce centre. On y enseigne des techniques d'agriculture qui préservent l'environnement, avec pour chaque élève l'obligation de réaliser un projet de fin d'étude dans sa communauté qui validera son diplôme. Une manière simple de connecter l'école avec le développement des communautés, en impliquant non seulement les élèves mais aussi d'autres membres de la communauté. L'idée est que le savoir qui y est enseigné soit transmis directement et utilisé dans les communautés.

Et ce n'est pas un hasard si ce centre éducatif a une partie dédiée à l'éco-tourisme. Car si ce savoir est bon pour les gens des communautés de la côte, il est bon aussi pour nous-autres gringos. Et puis, les temps changent petit à petit. Les énergies renouvelables avancent comme point charnière du développement durable, mais pas toutes seules. Elles se trouvent en ce moment dans l'agenda de toutes les grandes agences du développement, au même rang que la santé, l'environnement et l'éducation. Et ce n'est pas un hasard, car si l'on met ensemble énergie, environnement et éducation, on obtient par exemple sensibilisation à la préservation de l'environnement et au besoin d'une consommation d'énergie raisonnée. CQFD.

Maintenant pour attirer des éco-touristes il faut différents ingrédients. Les paysages, ici on a ce qu'il faut. Pour ce qui est de la culture, on est à quelques brassées à la nage des communautés Garífunas dont je parlais dans l'article précédent. La culture inclut notamment la gastronomie, comme par exemple le pain de manioc que préparent les mêmes Garífunas. Pourquoi pas le cuire à l'aide de biogaz. Une installation de biogaz, ça FADCANIC sait le faire. Mais ce qu'ils ne savent pas faire c'est installer un système d'énergie renouvelable pour que l'éco-turista puisse déguster son "Cususa" (sorte de rhum à base de plantes et de racines) bien frais. Et bien sûr l'éducation, expliquer comment cela marche, quel est l'impact de nos erreurs passées sur la forêt de la Côte, et pourquoi les communautés pêchent et chassent moins qu'avant, pourquoi à présent ils importent la plupart de leurs produits alimentaires en tournant petit à petit le dos à leurs traditions.

Tout cela est lié et est le sujet d'un petit projet que j'essaye tant bien que mal de formuler en ce moment. Comment FADCANIC et blueEnergy peuvent collaborer pour réunir énergies propres et consommation raisonnée (efficacité énergétique), éducation (sensibilisation), environnement (éco) et développement (tourisme), et enfin préservation de la culture locale.

Un autre sujet aussi beaucoup abordé ces semaines est l'utilisation de la biomasse. C'est la source d'énergie la plus abondante ici sur la côte. Mais le problème est encore une fois de trouver l'équilibre juste pour l'échelle, penser solution locale plutôt qu'économie d'échelle, viabilité socio-économique plutôt que rentabilité financière de produit alimentaires réorientés au final à la production d'énergie. Comment éviter les pièges des immenses mono-cultures destructrices de l'environnement et de la souveraineté alimentaire ?

Une partie de la solution se cache dans l'approche que l'on choisit pour répondre au problème. Un problème qui a des implications sous-jacentes tellement multiples requiert une analyse globale (sociale, économique, environnementale, énergétique). C'est alors qu'apparaissent des notions qui ne sont pas une solution en soi sinon une combinaison intelligente de solutions comme la cogénération, le recyclage et la réutilisation de déchets pour générer de l'énergie, d'arbres déracinés par le dernier ouragan pour générer de l'énergie de manière efficace et sans polluer (gazéification de biomasse), de réutiliser l'eau de pluie avec laquelle on s'est lavé les mains pour la chasse d'eau.

Rien de nouveau dans tout ça en fait, mais le modèle industriel en vigueur a éclipsé ces technologies pendant longtemps car elles remettent en cause le modèle entier de développement économique. Une cararctéristique des énergies renouvelables est qu'elles se trouvent éparpillées, et un modèle énergétique qui les incluerait de façon efficade à grande échelle implique une décentralisation de la production, d'avoir 10000 unités de production au lieu de 10, plus près du consommateur et plus flexibles pour s'adapter aux variations locales de la demande. Mais celà veut dire aussi une plus grande ouverture du marché de l'énergie, ce qui n'est pas forcément non plus facile avec le système actuel dans lequel prévaut l'intégration et le monopôle.

Dans tous les cas, on a encore une fois tous vraiment besoin de retourner sur les bancs de l'école ! Et puisque d'éducation il s'agît ici, un rapide commentaire pour dire qu'en arrivant ici je pensais qu'enseigner était le travail le plus fatiguant qu'il existe. Après avoir passé un an à essayer de faire marcher une bande de volontaires dans la même direction j'en suis à présent complètement convaincu. Ce que l'on essaye de leur faire comprendre n'est pourtant pas compliqué, on leur demande d'écouter. Mais ce n'est pas si naturel qu'il y paraît. Ecouter cela veut d'abord dire laisser de côté le "moi je", arrêter d'être celui qui sait et écouter pour comprendre ce dont les gens ont vraiment besoin. Parfois il est dur d'accepter que l'impact que l'on aura sera plus grand en écoutant plutôt qu'en venant démontrer ce en quoi l'on croit.

Les problèmes de la côte ici et d'autres endroits isolés sont souvent similaires et liés à l'isolement: manque d'infrastructure qui les prive d'accès à un marché pour leurs produits, réduisant leurs possibilités économiques à un simple troc de subsistance. Manque d'éducation et de santé en raison de la difficulté de trouver des professeurs et médecins, poussant souvent les jeunes à quitter la communauté. Manque de communications pour pouvoir consulter un médecin compétent à distance pour un diagnostic, coordonner une évacuation voire organiser un semblant de commerce. Et finalement, le manque d'éducation accompagne généralement un manque d'organisation qui réduit à néant les possibilités de voir un quelconque projet voir le jour.

Les tout premiers pas d'un projet de développement dans une communauté qui se trouve dans cette situation d'échec ressemblent beaucoup à une école buissonière où tout le monde s'assied en cercle et où chacun tour à tour écoute et explique le pourquoi on en est là, les raisons de l'échec et aussi ce qui empêche de faire que celà fonctionne. Et tout le monde est à l'école, les visiteurs étrangers comme les membres de la communauté. Ensemble on essaye de formuler quels sont les problèmes à résoudre en priorité, et définir quels sont les points bloquants, pour essayer ensuite de les résoudre. Une sorte d'enseignement spécialisé pour cas difficiles mené par des enseignants eux-mêmes élèves à l'école de la vie. Une bien belle école en tous cas !

Bonnes vacances et fêtes de fin d'année à tous !!

22.11.09

Buiti binafi umadagu Garinagu

Aquí seguimos, con unas historias nuevas (y fotos) de la Costa Caribe Nicaragüense, y empezando con una que creo simboliza lo que es y ha sido la gran Historia de la Costa.

Hace pocos días, fui con un grupo de voluntarios a visitar dos comunidades Creoles al Norte de Bluefields, entre Kukra Hill y Laguna de Perla. Se llaman Manhatan y Rocky Point. Allí viven Creoles que tradicionalmente vivían de la pesca, pero tuvieron que abandonarlo para cultivar la tierra, después de que las grandes empresas multinacionales hayan arrasado con lo que había de pescado en la Costa. Ya no les alcanzaba para vivir, y por eso se convirtieron en agricultores, buscando un mercado para sus productos.

Pero en la zona de Kukra Hill donde están localizados se ha instalado hace unos años una plantación de palma africana de 7,000 hectáreas, manejada por una empresa Costarricense que para desarrollarse cambió el trazado de la carretera que une Kukra Hill a la Laguna de perla, donde ahora existe une conexión con Managua. Esta plantación se ha convertido en un actor importante de la zona ya que da trabajo a mucha gente. Pero a estas dos comunidades no les trajo beneficio, sino todo lo contrario. Primero, la nueva carretera está a una hora de su comunidad - por camino de lodo en muy mal estado, y ya no pueden usar la antigua carretera al lado de la cuál fundaron su comunidad. Además de eso, la plantación sigue ampliándose, y ahora presionan a estas comunidades para que les vendan sus tierras.

Todo eso hace que estas comunidades se encuentren en una situación muy precaria, con grandes dificultades de acceso y sin energía, ya que la red nacional sigue la nueva carretera.

Abajo están unas fotos de estas comunidades muy tranquilas, con muchas mujeres presentes en los talleres que hicimos. Eso es debido a lo que contaba en el artículo anterior del rol de las mujeres en las comunidades Creoles y Garífunas que son afro-descendientes.

Taller participativo en Manhatan:

La pequeña comunidad de Manhatan:

El interior de la escuela, con nuestro guía, Willy Gart:

En la finca de Kenneth Fox, la persona que nos invitó a visitar las dos comunidades, con una estufa mejorada construida por FADCANIC:

Para el almuerzo, un rondón de tortuga, un plato típico de esta parte de la Costa (no presten atención a la botella). Las tortugas vienen a reproducirse un poco más al norte, en la Desembocadura del Río Grande, su negocio es (en principio) controlado pero de todas maneras se comen más que todo en las comunidades, como plato tradicional. El rondón es una sopa con coco, bananos, yuca y otros legumbres de aqui, y por supuesto gallo pinto (el plato nacional, arroz y frijoles cocinados con coco).


El taller en Rocky Point, con una amplía mayoría de mujeres campesinas que asistieron. Una de ellas trabaja para FADCANIC que es bastante presente en esta zona, y les ayuda a organizarse para preservar la micro-cuenca en la cuál está localizada la comunidad.


Un invitado del taller un poco especial ...

De vuelta en Bluefields, empezamos a analizar lo que se podría hacer para estas comunidades. blueEnergy no tiene fondos ni proyecto para ellas, pero como lo explicaba en el artículo anterior, puede ser el catalizador para conseguir fondos y apoyo de otras organizaciones que sí tienen fondos para ayudarlas. Lo iremos siguiendo ...

Mientras tanto, siguen avanzando los otros proyectos en curso, y con el final del año que se avecina llega bastante trabajo, en particular para cerrar los proyectos y reportar a los organismos donantes que nos apoyan sobre las actividades realizadas durante el transcurso de este año. Y es que este año ha sido intenso, con muchas actividades, cambios que explicar, ajustes presupuestarios, etc ... En eso estamos, y a eso dedico buena parte de mis fines de semana, al mismo tiempo que voy preparando las vacaciones de navidad.

La semana pasada sin embargo, me escapé dos días para ir al día de los Garífunas, en la comunidad de Orinoco, la capital de los Garífunas en Nicaragua. Aqui abajo está un vídeo que muestra nuestra llegada en barco a la comunidad.




Llegamos allí poco antes del mediodía, después de 5 horas de barco con ritmos de la Costa para calentarnos y prepararnos a lo que nos esperaba en Orinoco.

Aqui van unas fotos de la comunidad:


Una pelea de gallos, inprovisada para nosotros.

Abajo está un refugio, construido en caso de huracanes. Allí viven algunas familias después del huracán Ida que dejó unas casas sin techo.

Durante la mañana y el principio de la tarde tenía lugar un consurso de baile, por las comparsas de la escuela de la comunidad. Luego, todo el mundo se trasladó al estadio donde había una tarima grande para un concierto digno de lo que podemos ver en Europa. La música típica de los Garífinas se llama música Punta. Entre los vídeos que he agragado en la parte a la derecha del Blog (abajo), el primero es uno de este tipo de música (para bacanalear). Que disfruten !


Este concierto en Orinoco ha sido posible, entre otras cosas, por la presencia de una planta diesel de 110 kW que proporciona 12 horas de servicio eléctrico a la comunidad. Desde el mediodía hasta la media noche, y que pronto se extenderá a 16 horas diarias.

La comunidad beneficia de una micro-red con un medidor en cada casa, y este día se extendió el servicio más horas ya que hubo música hasta las 3 de la madrugada, poco tiempo antes que el barco regresará a Bluefields con sus viajeros un poco más cansados que a la ida pero con recuerdos inolvidables en la cabeza, después de una noche mágica de música Punta bajo las estrellas.

Aqui van una imagenes del estadio:


Si recuerdan, mencioné en un artículo anterior que Orinoco era una de las 5 comunidades Garífunas que son parte de un gran proyecto de desarrollo que estamos negociando con el PNUD. Este proyecto con fondos de Finlandia debería empezar - si Dios quiere - a principios del 2010. Ya hemos realizado un diagnóstico de la comunidad de Orinoco que es la más grande de las 5 comunidades Garífunas, con una población superior a 1,000 habitantes de los cual es el 90% aproximadamente son Garífunas. Este proyecto contempla infraestructura, energías renovables (3 comunidades no tienen servicio de energía, y el servicio en Orinoco es limitado), educación, salud, y promoción de la comunidad y de sus actividades.

La cultura Garífuna tiene una riqueza impresionante, y recuerden también su historia peculiar que ya les conté. En este evento ya llegaron bastantes turistas de todos los países, incluido Honduras y Belice donde se concentran la mayoría de los Garífunas. Tienen su propia lengua, que se había casí perdido en Nicaragua. Afortunadamente, desde varios años se enseña de nuevo en la escuela primaria de Orinoco con profesores de Honduras. Y existen también programas para que los adultos puedan viajar a Honduras para aprenderlo.

Al igual que el proyecto de rescate de la lengua Rama iniciado por Colette Grinevald, la madre de los fundadores de blueEnergy, también la lengua Garifuna goza de un apoyo internacional que ahora culmina con un fortalecimiento de su cultura, y esperemos que este nuevo proyecto de desarrollo empiece rápido para seguir en esta dirección.

Dari uguñe Orinoco ! (hasta pronto Orinoco)

8.11.09

We soon reach !

Une fois n’est pas coutume mais cet article va commencer par un poème d’inspiration biblique. «Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde afin que tu puisses mieux contempler ce qu’il contient. Je ne t’ai fait ni céleste, ni terrestre, mortel ou immortel, afin que toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme».

Cette petite partie de nous qui n’est pas prédéfinie, cette porte de sortie au destin, cette page que l’on écrit tous ensemble, n’est-ce pas cela que l’on appelle créer l’humanité et le monde ? Cela ferait sourire ceux qui me connaissent si je leur disais où j’ai lu ce poème. Peu importe en fait, mais il y a une phrase qui m’a beaucoup plu. Evitant toute forme de mysticisme qui aurait pu paraitre douteuse de la part de l’auteur, il écrit que chacun de nous est venu au monde pour écrire sa propre page, et qu’à travers cette page se crée le monde. Rien de bien novateur vous me direz ? Cela dépend de la façon dont on le lit. Pour moi si en tous cas, et j’ajouterai pour compléter le postulat de l’auteur que chacun de nous pour remplir sa page blanche utilise une plume qui lui est propre et que j’ai décidé d’appeler le libre arbitre. Et sans pousser plus loin jusqu’à dire que l’encre est la sueur des hommes («le meilleur engrais pour fertiliser le monde»), parfois le sang, ce qui me plait dans cette métaphore est la définition de la vie comme un acte de création. Rien de mystique là-dedans, une création consciente avec des idées, des larmes et de la sueur.

C’est aussi une vision qu’affectionnent les voyageurs, notamment à travers l’adage de Saint Augustin qui dit que le monde est un livre, et que celui qui ne voyage pas n’en connaitra qu’une seule page. Et puis, voyager c’est ni plus ni moins que rencontrer des gens, peu importe la distance ou les paysages. A cela près que les gens modèlent les paysages à leur image. Juste au milieu entre les lieux et les gens se trouvent aussi les noms des lieux, souvent habités et renommés par de successives civilisations au cours de l’Histoire. Juste pour le plaisir de partager la musicalité de quelques uns des noms que l’on trouve sur la Côte Atlantique du Nicaragua, si vous voyagez au sud de Bluefields, du côté du territoire Rama, vous traverserez les communautés de Tiktik Kaanu, Sumu Kaat, Bangkukuk. Au nord de Bluefields les communautés Créoles et Miskitas de Karawala, Wawashang, Orinoco, Tasbapauni, Awas. Les Ramas sont assez petits et trapus, avec des mains et pieds démesurés, parfaitement adaptés aux longues heures à pagayer et aux longues marches à travers la forêt. Les Créoles et Garifunas, héritiers d’anciens peuples d’Afrique, grands et minces, vivent plus ou moins de la même manière que leurs frères Africains. Les femmes notamment jouent un rôle essentiel dans ces communautés.

L’héritage génétique et culturel n’est pas un vain mot, et c’est pourquoi se comprendre ici n’est généralement pas une mince affaire. Les gens comprennent ce que l’on dit, mais ici les choses ne se font pas de la même manière qu’en occident, c’est comme ça et cela ne sert à rien de lutter contre. Et puis l’Histoire n’a pas traité les gens de la même façon ici qu’en Europe. Ici on se bat en permanence pour préserver le peu qu’on a réussi à arracher au sort, et cela ça reste dans le tempérament des gens. Les Nicaraguayens sont des poètes, des gens profondément pacifiques. Qu’ils soient métisses, Créoles ou indigènes, très rares sont les accrochages graves, et si l’on en vient parfois aux poings, c’est généralement plus par amour de la boxe qui est l’un des sports nationaux (ou du Rhum) que par agressivité. A part s’il s’agît d’infidélité, car dans ce cas l’instinct de préserver ce que l’on a conquis reprend le dessus.

Et nous – pauvres gringos émouvants de naïveté et perdus dans ce monde étranger – en quoi est-ce que l’on participe à la création du monde en ces lieux un peu abandonnés des dieux ? L’une des particularités de blueEnergy est qu’elle se pose la question en même temps qu’elle agît, en se disant que si l’on ne fait rien on ne saura jamais ce que l’on fait mal et n’appendrons jamais comment mieux faire. El camino se hace caminando, alors on commence à créer un chemin et au fur à mesure que le chemin avance on peut commencer à regarder en arrière et évaluer si ce chenin mène quelques part ou non, rectifier quand il le faut. Pas toujours facile, c’est un peu comme essayer sur un bateau d’aligner deux amers (repères terrestres) par l’arrière pour trouver son cap et ensuite le garder. Pas facile mais ça marche quand même.

Un nouveau concept est apparu récemment au sein de l’organisation, dans cette dynamique d’avancer sans autre boussole que la trace du chemin parcouru: Catalysateur. Pour rendre une pâle de turbine aussi rigide que du carbone, on la colle avec de la résine Epoxy et un catalysateur qui la rend dure comme de l’acier (ou presque). Pour le développement c’est un peu pareil. Toute seule, la plus efficace des organisations n’atteindra que des objectifs à l’intérieur de ses propres limites. Mais si elle est le catalysateur qui réussit à réunir les différents acteurs du développement, alors son action peut atteindre des objectifs bien plus ambitieux. Car après tout, on n’est pas l’état, mais si on parvient à avoir les liens et un CV suffisamment convaincants pour que l’état accepte de venir prendre des idées, alors on n’aura pas changé le monde mais au moins marqué un jalon important sur la voie du développement à laquelle nous et pas mal d'autres organisations croyons.

Cela parait un peu prétentieux certes, mais figurez vous qu’un consortium pour le développement des Energies Renouvelables est en train de voir le jour au Nicaragua. Il discutera un jour (si Dieu le veut) directement avec l’état sur la stratégie à adapter pour que le pays rattrape son retard en matière d’énergie tout en préservant son environnement. Et au sein de ce consortium on trouve trois ONGs de petite taille, deux évoluant dans l’intérieur du pays (AsoFenix et ATDER-BL) et la 3ème sur la Côte Atlantique, blueEnergy. Comme quoi, des petites organisations ensemble peuvent devenir grandes, et peut-être un jour verront-elles le chemin qu’elles ont commencé à tracer localement s’étendre au niveau national.

De toutes manières - comme j'aime à le rappeler souvent - au final peut importe la destination, ce qui importe avant tout c'est le chemin parcouru et ce que l’on a appris en chemin. En ce sens, chacune de ces ONG ne reniera pas sa devise de développement local avec des moyens et technologies appropriées au contexte local de chaque projet, mais si on trouve ensemble un chemin qui mène à un développement durable et qui fonctionne dans les endroits les plus difficiles du pays, ce chemin devrait alors être en bonne partie répliquable dans d’autres régions du pays.

We soon reach ("On arrive bientôt" en Créole) ! Pour terminer, ce qui est déjà arrivé c'est l'ouragan Ida, passé tout près de Bluefields, et qui a laissé sa trace indélébile dans certaines des communautés au nord de Bluefields mentionées plus tôt. Karawala est détruite à 80%. C'est aussi çà les Caraïbes. Et ici à Bluefields on ne le sait que trop bien, la ville ayant été complètement rasée par l'ouragan Joan en 1988. Heureusement, cette fois-ci c'est passé tout près mais pas de dégâts dans Bluefields.