Mostrando las entradas con la etiqueta nicaragua. Mostrar todas las entradas
Mostrando las entradas con la etiqueta nicaragua. Mostrar todas las entradas

30.6.10

Syngué Sabour

Je me rappelle qu'un jour, peu avant de m'embarquer pour cette aventure au Nicaragua je m'étais dit "si après çà je retourne à ma vie actuelle, ce sera parce que je serai déçu de moi-même ou du monde, ou des deux".

Cette phrase m'est revenue en tête alors que je lisais un livre dont le titre est celui de cet article, et qui signifie "la pierre de patience". Il s'agît d'une légende musulmane selon laquelle il existe une pierre qui absorbe toutes les souffrances, et que le jour où cette pierre éclatera, ceux qui lui auront transmis leur souffrance en seront alors défnitivement libérés.

A Bluefields les loisirs se font rares alors on lit beaucoup, et on écoute. Les histoires vont des drames quotidiens comme le choc frontal de deux pangas dans un coude de rivière isolé laissant quelques morts, à l'incendie d'une maison dû à une lampe à pétrole surprenant une famille dans son sommeil. Parfois ce sont des histoires personnelles plus dramatiques, un père devenu mercenaire durant la guerre et assassiné par des enemis d'un temps passé mais jamais oublié, l'assassinat d'un ami par des tueurs à gage en représaille à une intervention involontaire dans une lutte entre cartels de la drogue, le viol d'un bébé dans la maison de la mère sortie un instant et la vengeance de la famille contre cette dernière.

Plus rares sont les histoires qui finissent bien dans les endroits comme le Nicaragua, et immense est le besoin de se confier des gens, car ici se confier équivaut à se mettre en danger. Mais avoir une amitié ou une histoire plus intime avec une personne d'ici c'est ouvrir la porte à un type de relations que relativement peu de personnes ne souhaitent vraiment assumer. Peut-être certaines histoires sont-elles plus faciles à entendre lorsque l'on se trouve dans un monde qui n'est pas le sien, mais parfois une certaine appréhension à écouter une histoire nouvelle s'installe, une crainte de ce que l'on va entendre. On prête une oreille parfois fébrile comme l'on prêterait un mouchoir, pour écouter l'Histoire d'un pays où l'on ne meurt pas de faim mais de désespoir.

Apprendre à écouter c'est une bonne chose vous me direz, mais parfois trop c'est trop. On absorbe comme la pierre tant que l'on peut, on aide où on peut, on comble temporairement ce besoin d'une oreille à qui se confier, comme une pinoche pour boucher une voie d'eau en attendant une acalmie. Mais celà fatigue moralement, et il est dur de rester indifférent à ce monde impitoyable aux airs extérieurs de paradis. C'est alors le moment de se poser la question de pourquoi on est venu, et de ce que l'on souhaiterait laisser derrière soi.

En attendant j'ai l'impression d'avoir vieilli de 10 ans depuis que je suis arrivé, et ai entendu plus de drames durant ces 2 années que durant tout le reste de ma vie. J'aurai pinoché du mieux que je pouvais la coque en papier maché d'un bateau qui n'a pour boussole que l'espoir dérisoire d'un peuple qui a conquis sa liberté pour rien. Et au boût du compte je commence à me demander si ce n'est pas moi qui prends l'eau, c'est pourquoi il est temps de mettre les voiles avant d'éclater. La décision est donc prise, et le cap amarré au nord-est pour un retour à ma vie d'avant, le monde réel, peut-être.

Une autre chose dont je me rappelle à présent est une idée que j'avais discutée avec mon illustratrice préférée avant de partir, celle de me créer un personnage imaginaire pour raconter ces histoires que j'ai racontées dans ce blog. Je me serais alors autorisé des distorsions de la réalité qui l'auraient rendue plus photogénique tout en en préservant l'essence. S'inventer un personnage, un nom, une vie. Quelques idées de noms me viennent parfois à l'esprit, comme des réminiscences d'une vie imaginaire dont le fil ce perd au fil de rencontres réelles ou rêvées: Eddy Sambola, Alex Noriega, Nathan Attallah, Oscar Valverde, Ivan Cannavaro...

Au final je n'aurai raconté dans ce blog que la réalité crue sans m'inventer de personnage, même si celle-ci n'est parfois pas loin de ressembler à une histoire de fiction, et maintenant ce sont des images qui me reviennent. A Barcelone d'abord, avant que je ne commence ce blog. Dans les ruelles du quartier gothique, aux prises avec des revendeurs de haschish qui me prenaient pour un policier en civil, à quelques pas de la Plaza Real où vivait le célèbre détective Pepe Carvalho. Sur la côte Atlantique Nord du Nicaragua ensuite, la marche de nuit sur la plage après un naufrage contrôlé, à la recherche d'une communauté Miskita parmi celles qui sont depuis quelques années aux mains des trafiquants Colombiens. C'était juste quelques jours après le crash d'un avion plein de cocaïne qui avait engendré une guerre entre les soldats de la marine et les paysans locaux. Ou encore sur les pas de l'ex-combattant de la Contra El Coyote, qui vit reclu dans la jungle de la réserve Cerro Silva, et où les métisses n'osent pas s'aventurer en raison des rumeurs sur les stocks d'armes datant de la guerre qui s'y trouveraient encore, et dont El Coyote se servirait pour chasser les intrus et éloigner les curieux. Ou encore les voyages en pirogue au fil de l'eau à travers le territoire indien Rama, les après-midis passées sur l'île de Rama Cay à regarder les matchs de base-ball féminin, assis sur le môle qui protège le parc à huitres avec une bouteille de Chicha Bruja. Enfin les ballades le long des plages de sable tantôt blanc et tantôt volcanique entre Monkey Point, point de départ du futur canal sec qui devrait un jour rivaliser avec celui de Panama, et la communauté paisible de Bangkukuk, loin très loin du tumulte des urbanisations.

Ces histoires sont parmi celles que je garderai en mémoire précieusement, une fois terminé ce chapitre qui va bientôt se clore et qui fait suite à d'autres, comme celui de mes premiers voyages en Amérique du Sud, il y a de cela déjà bien longtemps. Il est un peu tôt pour savoir où se déroulera le prochain, mais si le vent me porte dans la même direction que celle que me souffle une petite voix intérieure depuis quelques temps, alors ce sera au Sud de l'Europe, sur le chemin qui mène aux origines de l'Humanité.

4.4.10

Yacht Design: Parte 2 - Práctica


El tiempo pasa rápido, hace apenas un mes estaba subiendo el Río San Juan para llegar a Los Chiles en Costa Rica y poder sellar mi pasaporte. De regreso a Bluefields, este mes pasado ha sido enfocado en un proyecto que seguimos negociando para las comunidades Garífunas de la Cuenca de Laguna de Perlas, antes de tomar un nuevo descanso ahora con las vacaciones de Semana Santa. Esta vez, nada de transporte comercial sino 6 días fantásticos de navegación en la bahia de Bluefields con nuestro cayuco ahora personalizado (ver diseño en el artículo anterior).

La idea era cruzar la bahía hasta llegar a Rama Cay más en el Sur, pasando antes por la isla grande que cierra la bahía, el Cayo Venado. Allí solo pasamos una noche, antes de salir corriendo por la cantidad de mosquitos, hormigas y otros insectos que nos tuvieron rascándonos todo el resto del viaje. De allí, fuimos directo a Rama Cay donde nos quedamos 5 días, con escapadas en el Cayo Misión, y en Big Point para visitar un proyecto de futura comunidad Rama.

Y como unas imágenes valen más que mil palabras, aqui va un video realizado en forma de documental por mi compañero de viaje Gringo. Es en inglés, a veces Creol-Rama y espero lo disfruten tanto como él cuando lo realizó (aprovechó para burlarse de mí bastante).




Aquí abajo está un mapa del recorrido. Las grandes flechas representan la dirección del viento predominante para cada parte del recorrido, con el color respectivo que corresponde al mismo trozo de nuestro viaje. La línea naranja indica el límite norte del territorio Rama.


Para la pequeña Historia, es interesante notar que Rama Cay es el lugar donde Colette Grinevald tuvo uno de sus primeros contactos con los Ramas. Este primer contacto fue un poco abrupto ya que ella era militante Sandinista en esta época, durante la guerra entre los Sandinistas y la Contra. Muchos líderes Ramas sin embargo fueron mercenarios para la Contra, contratados por su conocimiento del territorio y en particular del bosque. De tal manera que Colette fue hecha presa cuando llegó a Rama Cay, antes de ser liberada. Pero las cosas han cambiado mucho desde esta época, y como anécdota, Colette tuvo un día como guía para su proyecto de revitalización de la lengua Rama en la zona del Río Indio el mismo Rama que la había hecha rehén en Rama Cay años antes.

Aquí van unas de las fotos en la Isla con los niños Ramas:


Estos días en Rama Cay han realmente sido extraordinarios, y quisiera agradecer a la gente allí y en particular a la familia Macrae que nos han acogido como si fueramos parte de la familia. Aún llega muy poco turismo en la Isla, y sin embargo es probablemente la comunidad más autentica y tranquila que puedan encontrar en la Costa Atlántica de Nicaragua. Incluso en Bluefields, muy poca gente conoce la Isla, en parte por la falta de transporte comercial. Para los que estén interesados en venir a visitarla, me pueden dejar sus datos de contacto en comentario y les pondré en contacto con la misma familia que nos alojó.


Esta vez ya no hay más vacaciones previstas antes de varios meses, y el próximo evento será sin dudas el Palo de Mayo, el carnaval de Bluefields que celebra la llegada de la temporada de lluvias. Pero antes de eso, nos quedan aún buenos fines de semana soleados para disfrutar de nuestra embarcación. Y hemos prometido regresar a Rama Cay pronto ... Hasta luego entonces !

28.2.10

Au fil de l'eau

Si je devais deviner mes éléments zodiacaux, je parierais sur l’air et l’eau. L’air pour le ciel et les étoiles – ici ce n’est pas ce qu’il manque avec ma bande d'insouciants volontaires, et aussi parce que les belles nuits étoilées sont l’un des rares luxes des zones où l’électrification n’est encore qu’un lointain rêve. Et l’eau parce que forcément. D’ailleurs c’est tellement évident que si je l’avais su plus tôt, d’abord j’aurais débuté la voile et la plongée plus tôt, et ensuite je n’aurais pas perdu autant de temps à essayer de ne pas me mouiller.

Et ici je ne fais que çà, en panga ou dans le travail, ce qui dans la vie normale – c’est-à-dire dans un pays où rien ne fait défaut – se ferait les pieds au sec, ici se termine invariablement mouillé jusqu’au cou. Parfois c’est le pays qui a décidé de vous en faire découdre avec vos convictions de petit bourgeois (ce à quoi je finis ici parfois à me comparer), soit ce sont les volontaires qui vous renvoient dans vos derniers retranchements, le mur séparant vie privée et travail n’existant pas ici pour s'y retrancher. Soit enfin c’est l’eau qui vient à vous quand vous vous y attendez le moins, comme la septième vague que connsaissent bien les marins, ou comme dans l'histoire du pêcheur que je racontais dans le dernier article et qui s'est retrouvé retranché dans son bateau, suspendu au-dessus d'une petite île balayée par une tempête.

Parfois cette expérience de volontariat me rappelle un peu l’armée, à la différence près qu’à l’armée je suis sorti avec le même grade que celui avec lequel j'étais entré, alors qu'ici j'ai acquis en peu de temps un grade de baby-sitter en chef avec des responsabilités aussi réelles que ne l'étaient les géants de Don Quichotte (je me demande parfois comment Don Quichotte aurait appelé sa monture si celle-ci avait été un bateau).

Même si j’arrive à me libérer de ces responsabilités de temps en temps, le temps d’un voyage au fil de l’eau, pas question ici de s’éloigner trop longtemps. Cette semaine s’achève après la remontée du troisième grand fleuve et réserve naturelle de la côte, le Rio San Juan. Pour y arriver, un voyage dans une panga plus volante que flottante, bolide propulsé par deux moteurs V6 sommant 450 CV. Pour la petite anecdote, 450 chevaux est égal à environ 350 kW, ce qui représente 10 fois la puissance consommée par le générateur diesel de la communauté Garifuna d’Orinoco, qui compte entre 1000 et 2000 habitants.

Ce petit parallèle cocasse à part, ce n’est pas moi qui me plaindrai de me retrouver à nouveau entre ciel et mer, même si à choisir j’aurais volontiers préféré faire le voyage avec mon cayuco enfin gréé (photos à venir) – nettement moins bruyant et plus romantique même si un tantinet moins rapide.

Cette cavalerie rugissante nous a amenés en un temps record à la communauté de San Juan del Norte, alias Greytown. Cette communauté ne se distingue par aucun intérêt particulier - se trouvant trop près du Costa Rica dont les touristes font grimper les prix et dégringoler la qualité de l’accueil – si ce n’est par son histoire. Le nom anglophone de Greytown date de l’époque où la communauté a été fondée, sous la domination des anglais et américains.

Cette période comprise entre le 17ème et 19ème siècle correspond à celle des pirates comme Henry Morgan puis de l'amiral britanique Nelson qui ont tous les deux laissé leur trace dans le coin. Greytown était l’entrée de cette voie unique qui permettait de rejoindre le lac Nicaragua et la riche ville coloniale de Granada. D’ailleurs, le même fleuve a été le point de départ de plusieurs projets de canaux transocéaniques qui devaient finalement connecter le lac de Nicaragua à l'ócéan Pacifique. Finalement c'est le projet du canal du Panama qui a vu le jour.

A Greytown, l’unique endroit valant la peine d’un court détour est sans doutes le cimetière de l’ancienne ville, qui fut détruite et brûlée durant une autre période tourmentée – celle de la guerre de la Contra – période d'un autre genre de pirates dont le plus connu s'appelle Ronald Reagan. Depuis, la communauté a été reconstruite un peu plus haut, sur le Rio Indio – fleuve qui a donné son nom à la réserve dans laquelle on trouve une autre communauté Rama du même nom.

Depuis Greytown, nous avons pris un bateau lent pour suivre les traces de ces valeureux pirates, bateau qui après 8 heures d’une remontée laborieuse en raison du bas niveau du fleuve, nous a laissés au petit village de El Castillo.

Là-bas, petite visite guidée du fort (chinoiserie de mon camarade de voyage, le même avec qui j’avais exploré la RAAN), avant de prendre cette fois une panga plus rapide pour rejoindre la petite ville non moins charmante de San Carlos.

J’avais déjà été séduit une première fois par cette ville, à l’embouchure du fleuve San Juan et du lac Nicaragua, d’où l’on peut contempler de somptueux couchers de soleil avec l’archipel de Solentiname ainsi que l'île d'Ometepe et ses deux volcans Concepción et Maderas pour toile de fond.

Je passe sur le retour à Bluefields (par la terre pour avoir raté le ferry qui traverse le lac de Nicaragua, de San Carlos à Granada), pour sauter directement à la semaine sainte de Pâque, c'est-à-dire dans le futur. Au programme, de l'eau encore, avec avant celà quelques semaines d'intense préparation de notre fière embarcation et de son expérimenté équipage pour - en principe - réaliser une traversée à la voile de la baie de Bluefields en direction du sud pour rejoindre la petite île de Rama Cay, et peut-être remonter ensuite la rivière Kukra à l'intérieur du territoire Rama, à la rame cette fois. A suivre donc...

Mais avant de terminer cet article, une petite vidéo de la fête qui vient d'avoir lieu à Bluefields pour l'élection de Miss Bluefields au titre de Miss Nicaragua 2010, première femme noire à être élue dans l'histoire du concours au Nicaragua. Pour la petite histoire, la candidate est la soeur d'un chanteur local que je connais bien, et le moins que l'on puisse dire est qu'elle porte à merveille le diadème de la beauté Bluefileña et Costeña ...

16.1.10

Lost in translation - Part 2


A veces la vida nos sorprende por el rumbo que toma o como se combinan las cosas. Normalmente me dirigía hacia el Sur para unas vacaciones tranquilas en buena compañía. Al final, y sin que pudiera hacer mucho en otro sentido, me fui para el Norte para unas vacaciones de las más movidas e improvisadas que había tenido hasta ahora. Al Norte de Bluefields se encuentra la Cuenca de Laguna de Perlas, donde había viajado unas veces para el trabajo pero también para pasar unos días en una de las partes más ricas culturalmente de la Costa. Pero que hay más al Norte de esta laguna ? Comunidades entre las más aisladas de todo el país, mayoritariamente pobladas por Miskitos. En el medio entre las dos ciudades de la Costa que son Bluefields al sur (RAAS) y Puerto cabezas al norte (RAAN) se encuentra la desembocadura del Río Grande.

Imagino que por su aislamiento, esta zona es la mejor preservada que había visitado hasta ahora. También debe ser debido a los Miskitos que la habitan (como en toda la RAAN y hasta la Costa de Honduras), quienes pescan más que cultivan la tierra. También se nota el aislamiento por el idioma, ya que allí y hasta más al norte se encuentran personas que sólo hablan Miskito (de allí el título del artículo). Al final, este viaje fue un descubrimiento completo. Imagínense monos y cocodrilos en los ríos, llanos naturales por el interior que separan bosques primarios. Más arriba de la Laguna de Perla ya no se encuentran carreteras pavimentadas hasta la frontera con Honduras formada por el Río Coco. Sólo la calle principal de ciertas pequeñas ciudades del interior están pavimentadas, el resto son pistas de tierra.

El Río Coco es donde culminó nuestra exploración hacía el Norte. Yo estaba con mi pasaporte nuevo - después de haber sido robado en Managua - aún no estampado por el servicio de inmigración. Por esta razón y también porque desde Waspam donde llegamos, se pueden encontrar cayucos para ir en las comunidades del Río Coco, pero es mucho más difícil encontrar una para volver. Por estas razones, no hemos ido a navegar sobre este Río que forma la frontera con Honduras. Pero la gente dice que es comparable al Río San Juan al Sur que forma la otra frontera de Nicaragua con Costa Rica. En el Río San Juan se encuentra el parque de los Guatuzos, y en el Río Coco la biosfera de Bosawas. Ambos parques son conocidos como entre los más importantes de Centroamérica. Estos dos Ríos, junto con el Río Grande en medio son una excelente muestra de la riqueza biológica de la Costa Atlántica de Nicaragua.

De Bluefields, subí hasta el Rio Coco con un amigo Gringo, otro voluntario (juntos compartimos buena parte de las responsabilidades organizativas de blueEnergy) que como yo adora la Costa. Él la considera como la "última frontera", yo más bien como un punto de partida. De hecho, la Costa exporta gente y recursos naturales, pero en el otro sentido lo que llega son más bien problemas, muchas veces desde la misma Naturaleza, salvaje en todos los sentidos de la palabra en esta zona del mundo. En 2007 el huracán Felix arrasó la RAAN, dejando inmensas zonas de llanos entre Puerto Cabezas y Waspam como un desierto de arboles rotos a un metro del suelo. En 2009 fue Cuba con dos huracanes sucesivos entre los más violentos de la Historia, y ahora fue Haiti.

Hablando de desastres naturales, un día que estábamos en Tasbapauni un pescador nos contó una historia que se parece de manera extraña a un cuento de Jack London que justamente estaba leyendo en este momento. Recuerden que hace unos meses, Ida un huracán de menor violencia pasó por la Costa, inundando a la isleta de Corn Island, los Cayos Perla y la Desembocadura del Río Grande. Esta persona se encontraba este día en los Cayos con su panga para pescar langosta y no pudo ser alertado. Con la baja presión del huracán, el nivel del mar subió hasta llegar a un metro encima del nivel de los cayos, y con vientos de 100 kilómetros por hora él tuvo que atar su panga junta a otras ocho pangas de pescadores atrapados como él, y por fin amarrarlas a unas palmeras sobre uno de los cayos inundados para poder resistir el asalto de las olas que rompían alrededor de ellos. No hubo muerto, pero asusta pensar en lo que habría pasado con vientos más fuertes.

Los Miskitos viven de manera muy sencilla, todos o casi son católicos, a su manera. Su historia común con los Ingleses y Norte-Americanos refleja un cierto "pragmatismo". Es decir, son lo que les conviene que uno piense que son, y al final no hacen realmente lo que uno pensaría que hicieran si fuesen lo que dicen que son pero ... suena complicado ? Pregunten aquí en la Costa quién les entiende y verán que por algo será. En todos casos, el idioma Miskito es muy agradable de escuchar, y si tuviera tiempo me encantaría aprenderlo. Además, dicen que ha incorporado bastantes palabras de Inglés, lo que puede ayudar un poco.

Se dice que el Gobierno Sandinista no hace mucho para la Costa, pero sí, un poquito hace y más que todos los anteriores que ellos no hicieron nada. Los Sandinistas han creado la Ley de Autonomía después de la revolución, y parece que desde entonces existen cantidad de deudas políticas mutuas con la Costa. En el caso de los Garífunas de la Cuenca de Laguna de Perla es una deuda del gobierno ya que fueron los únicos - o casi - que apoyaron la revolución desde la Costa. En el caso de los Miskitos es más bien el contrario, y el partido independista Yatama - muy presente y activo en la RAAN - es un símbolo de la oposición que existió durante la época de la Contra a los Sandinistas. Sería un poco simplista pensar que podría ser la razón principal para la cual las comunidades de la desembocadura del Río Grande sólo cuentan con 3 horas de servicio eléctrico mientras Orinoco - la principal comunidad Garífuna en Nicaragua - tiene 8 y pronto tendrá 16 horas de servicio (las 5 comunidades de la desembocadura representan como 3 veces la población de Orinoco). Pero algo podría tener que ver.

Desde Waspam nos tocó un bus que hizo el viaje épico para regresar a Puerto Cabezas, con lodo que entraba por el piso hecho pedazos por la oxidación, faltaba la mitad de los asientos, y para colmo perdimos la transmisión más de 5 veces en camino. Pero en todos casos, es fácil calcular tiempos en la RAAN, la velocidad promedia en toda esta parte del país es de 20km/h.Como lo decía antes, sólo se encuentran pistas de tierra para viajar por la RAAN, y así fue para mí hasta llegar a Rio Blanco que ya es parte del departamento de Matagalpa. De regreso en Puerto Cabezas nos habíamos separado con este amigo Gringo, él regresó por la misma Costa en pangas hasta Bluefields, mientras yo quería volver por el centro pasando por Río Blanco. No sé al final que es menos confortable, si la panga por mar o el bus por pistas de tierra en época de lluvias.


Pero el bus por lo menos es seguro cuando se estropeé. Nos pasó con una panga entre la Desembocadura del Río Grande y Puerto Cabezas, y con mar formado la posibilidad que una ola la volqué no parece tan descabellada. De hecho, pasa a veces y cuando la panga está llena de mercancías (es el único medio de transporte en ciertas comunidades) y bebes, entonces puede representar cierto peligro.

Noten que en esta zona de la Costa, es más probable que le pasé algo si va caminando por la playa solo que si viaja por panga. De hecho, una chica - Francesa parece - nos precedía y pudimos seguir su historia por lo que nos contaba la gente de ella. Todos estaban muy preocupados porque viajaba sola, y al final parece que sí le pasó algo. No sabemos los detalles, pero esperemos que por lo menos llegó bien a Puerto Cabezas. Como lo explicaba en el artículo anterior, esta zona fue el teatro de una mini-guerra entre ejército y narcos, y es un punto clave del tráfico. Para más detalles lean este artículo de El País.

La verdad es que el interés que representaba conocer esta zona compensó con creces el posible peligro que se pudo sentir en algunas ocasiones del viaje, pero al final estaba contento de volver por el interior. La razón principal por volver por el interior era parar en Río Blanco donde está ubicada una organización llamada Agua Para la Vida, con quién estamos intentamos desarrollar un proyecto de bombeo y distribución de agua para la comunidad de Monkey Point. La zona es muy linda, similar a Matagalpa con montañas bellas, cascadas y muchos caminos que permiten explorar rincones poco conocidos del país. Realmente es la ciudad más agradable por su tranquilidad que visité en toda Nicaragua, un punto ideal donde quedar un tiempo, tal vez montar algo de turismo.

Termino este artículo con algo que volveré a comentar en artículos posteriores. Justo ahora que regresamos todos de vacaciones para dar la bienvenida a la nueva promoción de voluntarios recién llegados (7 al total), fueron aprobados dos proyectos importantes en los cuales participará blueEnergy durante los dos próximos años, uno en el territorio Rama y el otro debería tener lugar precisamente en la desembocadura del Río Grande. A seguir mientras se definan los detalles y se confirmen las actividades previstas ...

Aún asi, es hora de celebrar, felicidades al equipo y que ustedes que están leyendo disfruten de la música (si tienen sonido) ! Al volver en Bluefields, el amigo con quien viaje por el Norte y yo coincidimos en que no hay otro lugar como Bluefields para la música. Aqui se encuentra sencillamente una de las mejores músicas del mundo compuesta de salsa, dancehall, socca, reggae soul, punta y música Miskita. A disfrutar entonces !

8.12.09

Le monde est la plus riche des écoles buissionnières

Parfois on apprend au fil des rencontres informelles, dans la rue ou les bistrôts, et parfois on se retrouve l'air de rien assis sur un banc d'école à écouter un maitre raconter l'histoire de l'enseignement. C'est un peu ce qui s'est passé il y a quelques semaines, à l'occasion de la visite d'un expert pédagogue Cubain.

Pour ceux qui ne le savaient pas encore, Cuba a l'un des meilleurs systèmes éducatifs et un taux d'alphabétisation supérieur aux Etats-Unis. C'est aussi l'un des pays pionniers dans la révolution énergétique, pas par idéologie mais par la force des choses. Cette révolution elle est tout près dans les pays du nord, mais tarde à se mettre vraiment en marche. Peut-être que le sommet de Copenhague accélèrera les choses, peut-être pas. Toujours est-il que nous voilà à écouter un cours magistral sur les raisons d'un changement de modèle centralisé à un modèle de production et distribution décentralisé qui s'adapte aux énergies renouvelables et challenges des décennies à venir. Au programme donc démonstration technique, efficacité énergétique, modèles de facturation qui favorisent une réduction de la consommation et surtout l'éducation.

Mario, l'expert en question représentant de Cubaenergía nous a fait un petit clin d'oeil assez inattendu, en relatant son voyage dans la communauté de Monkey Point où il a été invité par blueEnergy. Avec une émotion non dissimulée il nous racontait que le jour de son arrivée à la communauté était le jour de la cérémonie de graduation des élèves de l'école communautaire. Et pas question de s'y présenter avec un costume non repassé. Oui mais voilà, est-ce que le système hybride éolien-solaire installé peut supporter la charge énergétique d'un fer à vapeur ? Discussions entre les membres de la commission d'énergie, consultation de l'équipe technique de blueEnergy qui accompagnait Mario. Réponse: Oui, mais si tout le monde se met d'accord pour ne rien brancher d'autre en même temps. La cérémonie a ainsi pu se dérouler sans plus d'imprévus, après un débat démocratique à faire pâlir de honte les irresponsables individualistes que nous sommes.

Peut-être ne le saviez vous pas mais dans nos pays industrialisés on produit beaucoup plus d'énergie que ce que l'on consomme, entre autre à cause des pertes considérables dûes aux distances du réseau de distribution centralisé. C'est l'une des raisons qui ont conduit Cuba à décentraliser sa production A l'autre extrême de la centralisation on trouve notre système de Monkey Point qui donne de l'énergie à une vingtaine de familles. Dans cette communauté, on demande à une communauté qui il y a 5 ans ne savait rien des miracles de l'énergie, non seulement de devenir des techniciens capables de réparer un système complexe dont tout est nouveau, mais en plus de gérer l'énergie produite de façon bien plus démocratique que ce que l'on fait dans nos pays soit disant éduqués où l'énergie est culturellement une source illimitée qui répond à nos infinis désirs.

Il y a bien dans nos pays quelques exemples d'associations de propriétaires qui ensemble gèrent leur énergie mais c'est plutôt rare, le réseau national n'étant jamais bien loin. Il n'en est pas de même dans tous les coins de la planète, et bien souvent ici même si le réseau se trouve relativement près, une petite communauté multiethnique et désorganisée n'est pas un marché intéressant. Dans tous les cas, cette présentation était l'occasion de se rendre compte que si la côte Atlantique du Nicaragua où 75% des gens vivent sans aucun accès à l'énergie a un grand besoin d'éducation sur l'énergie, dans nos pays du nord on a en revanche un au moins aussi grand besoin de réapprendre ce que l'on croyait savoir sur l'énergie.

Pour revenir au cas de la côte, l'éducation y est un enjeu important, par exemple pour arriver à y développer la première formation en énergies renouvelables d'Amérique Centrale. C'est ce que blueEnergy s'efforce de faire en partenariat avec l'INATEC de Bluefields. Mais tout çà c'est encore un peu théorique, alors que l'éducation c'est parfois très concret. Un exemple sur lequel je travaille en ce moment se trouve tout près de Pearl Lagoon, une école tout à fait particulière créée par FADCANIC, un centre d'éducation environnemental et agro-forestier. Jusque là rien de bien nouveau, à part l'approche de ce qu'est l'éducation dans ce centre. On y enseigne des techniques d'agriculture qui préservent l'environnement, avec pour chaque élève l'obligation de réaliser un projet de fin d'étude dans sa communauté qui validera son diplôme. Une manière simple de connecter l'école avec le développement des communautés, en impliquant non seulement les élèves mais aussi d'autres membres de la communauté. L'idée est que le savoir qui y est enseigné soit transmis directement et utilisé dans les communautés.

Et ce n'est pas un hasard si ce centre éducatif a une partie dédiée à l'éco-tourisme. Car si ce savoir est bon pour les gens des communautés de la côte, il est bon aussi pour nous-autres gringos. Et puis, les temps changent petit à petit. Les énergies renouvelables avancent comme point charnière du développement durable, mais pas toutes seules. Elles se trouvent en ce moment dans l'agenda de toutes les grandes agences du développement, au même rang que la santé, l'environnement et l'éducation. Et ce n'est pas un hasard, car si l'on met ensemble énergie, environnement et éducation, on obtient par exemple sensibilisation à la préservation de l'environnement et au besoin d'une consommation d'énergie raisonnée. CQFD.

Maintenant pour attirer des éco-touristes il faut différents ingrédients. Les paysages, ici on a ce qu'il faut. Pour ce qui est de la culture, on est à quelques brassées à la nage des communautés Garífunas dont je parlais dans l'article précédent. La culture inclut notamment la gastronomie, comme par exemple le pain de manioc que préparent les mêmes Garífunas. Pourquoi pas le cuire à l'aide de biogaz. Une installation de biogaz, ça FADCANIC sait le faire. Mais ce qu'ils ne savent pas faire c'est installer un système d'énergie renouvelable pour que l'éco-turista puisse déguster son "Cususa" (sorte de rhum à base de plantes et de racines) bien frais. Et bien sûr l'éducation, expliquer comment cela marche, quel est l'impact de nos erreurs passées sur la forêt de la Côte, et pourquoi les communautés pêchent et chassent moins qu'avant, pourquoi à présent ils importent la plupart de leurs produits alimentaires en tournant petit à petit le dos à leurs traditions.

Tout cela est lié et est le sujet d'un petit projet que j'essaye tant bien que mal de formuler en ce moment. Comment FADCANIC et blueEnergy peuvent collaborer pour réunir énergies propres et consommation raisonnée (efficacité énergétique), éducation (sensibilisation), environnement (éco) et développement (tourisme), et enfin préservation de la culture locale.

Un autre sujet aussi beaucoup abordé ces semaines est l'utilisation de la biomasse. C'est la source d'énergie la plus abondante ici sur la côte. Mais le problème est encore une fois de trouver l'équilibre juste pour l'échelle, penser solution locale plutôt qu'économie d'échelle, viabilité socio-économique plutôt que rentabilité financière de produit alimentaires réorientés au final à la production d'énergie. Comment éviter les pièges des immenses mono-cultures destructrices de l'environnement et de la souveraineté alimentaire ?

Une partie de la solution se cache dans l'approche que l'on choisit pour répondre au problème. Un problème qui a des implications sous-jacentes tellement multiples requiert une analyse globale (sociale, économique, environnementale, énergétique). C'est alors qu'apparaissent des notions qui ne sont pas une solution en soi sinon une combinaison intelligente de solutions comme la cogénération, le recyclage et la réutilisation de déchets pour générer de l'énergie, d'arbres déracinés par le dernier ouragan pour générer de l'énergie de manière efficace et sans polluer (gazéification de biomasse), de réutiliser l'eau de pluie avec laquelle on s'est lavé les mains pour la chasse d'eau.

Rien de nouveau dans tout ça en fait, mais le modèle industriel en vigueur a éclipsé ces technologies pendant longtemps car elles remettent en cause le modèle entier de développement économique. Une cararctéristique des énergies renouvelables est qu'elles se trouvent éparpillées, et un modèle énergétique qui les incluerait de façon efficade à grande échelle implique une décentralisation de la production, d'avoir 10000 unités de production au lieu de 10, plus près du consommateur et plus flexibles pour s'adapter aux variations locales de la demande. Mais celà veut dire aussi une plus grande ouverture du marché de l'énergie, ce qui n'est pas forcément non plus facile avec le système actuel dans lequel prévaut l'intégration et le monopôle.

Dans tous les cas, on a encore une fois tous vraiment besoin de retourner sur les bancs de l'école ! Et puisque d'éducation il s'agît ici, un rapide commentaire pour dire qu'en arrivant ici je pensais qu'enseigner était le travail le plus fatiguant qu'il existe. Après avoir passé un an à essayer de faire marcher une bande de volontaires dans la même direction j'en suis à présent complètement convaincu. Ce que l'on essaye de leur faire comprendre n'est pourtant pas compliqué, on leur demande d'écouter. Mais ce n'est pas si naturel qu'il y paraît. Ecouter cela veut d'abord dire laisser de côté le "moi je", arrêter d'être celui qui sait et écouter pour comprendre ce dont les gens ont vraiment besoin. Parfois il est dur d'accepter que l'impact que l'on aura sera plus grand en écoutant plutôt qu'en venant démontrer ce en quoi l'on croit.

Les problèmes de la côte ici et d'autres endroits isolés sont souvent similaires et liés à l'isolement: manque d'infrastructure qui les prive d'accès à un marché pour leurs produits, réduisant leurs possibilités économiques à un simple troc de subsistance. Manque d'éducation et de santé en raison de la difficulté de trouver des professeurs et médecins, poussant souvent les jeunes à quitter la communauté. Manque de communications pour pouvoir consulter un médecin compétent à distance pour un diagnostic, coordonner une évacuation voire organiser un semblant de commerce. Et finalement, le manque d'éducation accompagne généralement un manque d'organisation qui réduit à néant les possibilités de voir un quelconque projet voir le jour.

Les tout premiers pas d'un projet de développement dans une communauté qui se trouve dans cette situation d'échec ressemblent beaucoup à une école buissonière où tout le monde s'assied en cercle et où chacun tour à tour écoute et explique le pourquoi on en est là, les raisons de l'échec et aussi ce qui empêche de faire que celà fonctionne. Et tout le monde est à l'école, les visiteurs étrangers comme les membres de la communauté. Ensemble on essaye de formuler quels sont les problèmes à résoudre en priorité, et définir quels sont les points bloquants, pour essayer ensuite de les résoudre. Une sorte d'enseignement spécialisé pour cas difficiles mené par des enseignants eux-mêmes élèves à l'école de la vie. Une bien belle école en tous cas !

Bonnes vacances et fêtes de fin d'année à tous !!

8.11.09

We soon reach !

Une fois n’est pas coutume mais cet article va commencer par un poème d’inspiration biblique. «Je ne t’ai donné ni visage, ni place qui te soit propre, ni aucun don qui te soit particulier, ô Adam, afin que ton visage, ta place et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. Je t’ai placé au milieu du monde afin que tu puisses mieux contempler ce qu’il contient. Je ne t’ai fait ni céleste, ni terrestre, mortel ou immortel, afin que toi-même, librement, à la façon d’un bon peintre ou d’un sculpteur habile, tu achèves ta propre forme».

Cette petite partie de nous qui n’est pas prédéfinie, cette porte de sortie au destin, cette page que l’on écrit tous ensemble, n’est-ce pas cela que l’on appelle créer l’humanité et le monde ? Cela ferait sourire ceux qui me connaissent si je leur disais où j’ai lu ce poème. Peu importe en fait, mais il y a une phrase qui m’a beaucoup plu. Evitant toute forme de mysticisme qui aurait pu paraitre douteuse de la part de l’auteur, il écrit que chacun de nous est venu au monde pour écrire sa propre page, et qu’à travers cette page se crée le monde. Rien de bien novateur vous me direz ? Cela dépend de la façon dont on le lit. Pour moi si en tous cas, et j’ajouterai pour compléter le postulat de l’auteur que chacun de nous pour remplir sa page blanche utilise une plume qui lui est propre et que j’ai décidé d’appeler le libre arbitre. Et sans pousser plus loin jusqu’à dire que l’encre est la sueur des hommes («le meilleur engrais pour fertiliser le monde»), parfois le sang, ce qui me plait dans cette métaphore est la définition de la vie comme un acte de création. Rien de mystique là-dedans, une création consciente avec des idées, des larmes et de la sueur.

C’est aussi une vision qu’affectionnent les voyageurs, notamment à travers l’adage de Saint Augustin qui dit que le monde est un livre, et que celui qui ne voyage pas n’en connaitra qu’une seule page. Et puis, voyager c’est ni plus ni moins que rencontrer des gens, peu importe la distance ou les paysages. A cela près que les gens modèlent les paysages à leur image. Juste au milieu entre les lieux et les gens se trouvent aussi les noms des lieux, souvent habités et renommés par de successives civilisations au cours de l’Histoire. Juste pour le plaisir de partager la musicalité de quelques uns des noms que l’on trouve sur la Côte Atlantique du Nicaragua, si vous voyagez au sud de Bluefields, du côté du territoire Rama, vous traverserez les communautés de Tiktik Kaanu, Sumu Kaat, Bangkukuk. Au nord de Bluefields les communautés Créoles et Miskitas de Karawala, Wawashang, Orinoco, Tasbapauni, Awas. Les Ramas sont assez petits et trapus, avec des mains et pieds démesurés, parfaitement adaptés aux longues heures à pagayer et aux longues marches à travers la forêt. Les Créoles et Garifunas, héritiers d’anciens peuples d’Afrique, grands et minces, vivent plus ou moins de la même manière que leurs frères Africains. Les femmes notamment jouent un rôle essentiel dans ces communautés.

L’héritage génétique et culturel n’est pas un vain mot, et c’est pourquoi se comprendre ici n’est généralement pas une mince affaire. Les gens comprennent ce que l’on dit, mais ici les choses ne se font pas de la même manière qu’en occident, c’est comme ça et cela ne sert à rien de lutter contre. Et puis l’Histoire n’a pas traité les gens de la même façon ici qu’en Europe. Ici on se bat en permanence pour préserver le peu qu’on a réussi à arracher au sort, et cela ça reste dans le tempérament des gens. Les Nicaraguayens sont des poètes, des gens profondément pacifiques. Qu’ils soient métisses, Créoles ou indigènes, très rares sont les accrochages graves, et si l’on en vient parfois aux poings, c’est généralement plus par amour de la boxe qui est l’un des sports nationaux (ou du Rhum) que par agressivité. A part s’il s’agît d’infidélité, car dans ce cas l’instinct de préserver ce que l’on a conquis reprend le dessus.

Et nous – pauvres gringos émouvants de naïveté et perdus dans ce monde étranger – en quoi est-ce que l’on participe à la création du monde en ces lieux un peu abandonnés des dieux ? L’une des particularités de blueEnergy est qu’elle se pose la question en même temps qu’elle agît, en se disant que si l’on ne fait rien on ne saura jamais ce que l’on fait mal et n’appendrons jamais comment mieux faire. El camino se hace caminando, alors on commence à créer un chemin et au fur à mesure que le chemin avance on peut commencer à regarder en arrière et évaluer si ce chenin mène quelques part ou non, rectifier quand il le faut. Pas toujours facile, c’est un peu comme essayer sur un bateau d’aligner deux amers (repères terrestres) par l’arrière pour trouver son cap et ensuite le garder. Pas facile mais ça marche quand même.

Un nouveau concept est apparu récemment au sein de l’organisation, dans cette dynamique d’avancer sans autre boussole que la trace du chemin parcouru: Catalysateur. Pour rendre une pâle de turbine aussi rigide que du carbone, on la colle avec de la résine Epoxy et un catalysateur qui la rend dure comme de l’acier (ou presque). Pour le développement c’est un peu pareil. Toute seule, la plus efficace des organisations n’atteindra que des objectifs à l’intérieur de ses propres limites. Mais si elle est le catalysateur qui réussit à réunir les différents acteurs du développement, alors son action peut atteindre des objectifs bien plus ambitieux. Car après tout, on n’est pas l’état, mais si on parvient à avoir les liens et un CV suffisamment convaincants pour que l’état accepte de venir prendre des idées, alors on n’aura pas changé le monde mais au moins marqué un jalon important sur la voie du développement à laquelle nous et pas mal d'autres organisations croyons.

Cela parait un peu prétentieux certes, mais figurez vous qu’un consortium pour le développement des Energies Renouvelables est en train de voir le jour au Nicaragua. Il discutera un jour (si Dieu le veut) directement avec l’état sur la stratégie à adapter pour que le pays rattrape son retard en matière d’énergie tout en préservant son environnement. Et au sein de ce consortium on trouve trois ONGs de petite taille, deux évoluant dans l’intérieur du pays (AsoFenix et ATDER-BL) et la 3ème sur la Côte Atlantique, blueEnergy. Comme quoi, des petites organisations ensemble peuvent devenir grandes, et peut-être un jour verront-elles le chemin qu’elles ont commencé à tracer localement s’étendre au niveau national.

De toutes manières - comme j'aime à le rappeler souvent - au final peut importe la destination, ce qui importe avant tout c'est le chemin parcouru et ce que l’on a appris en chemin. En ce sens, chacune de ces ONG ne reniera pas sa devise de développement local avec des moyens et technologies appropriées au contexte local de chaque projet, mais si on trouve ensemble un chemin qui mène à un développement durable et qui fonctionne dans les endroits les plus difficiles du pays, ce chemin devrait alors être en bonne partie répliquable dans d’autres régions du pays.

We soon reach ("On arrive bientôt" en Créole) ! Pour terminer, ce qui est déjà arrivé c'est l'ouragan Ida, passé tout près de Bluefields, et qui a laissé sa trace indélébile dans certaines des communautés au nord de Bluefields mentionées plus tôt. Karawala est détruite à 80%. C'est aussi çà les Caraïbes. Et ici à Bluefields on ne le sait que trop bien, la ville ayant été complètement rasée par l'ouragan Joan en 1988. Heureusement, cette fois-ci c'est passé tout près mais pas de dégâts dans Bluefields.

8.10.09

Marcher sur ses propres pas pour ne pas se perdre


Il n'y a rien qui ressemble plus à un mois d'octobre qu'un mois d'octobre. Liège, Paris, Bluefields, il pleut, quelques coups de vent violents, une ambiance de fin de fête. A Bluefields c'est facile à s'y faire puisque rien ne change de toutes façons, et cette deuxième année ressemble à s'y méprendre à la première, si ce n'est quelques changements notables dans mon entourage. Et pour ce qui est des fêtes, la photo ci-dessus montre le carnaval de San Jeronimo qui s'est invité à la maison, le temps de quelques danses avec des diables déguisés en animaux (je décrivais une fête similaire à Panama dans un article antérieur) plus d'autres personnages bien nicaraguayens eux (originaires de Masaya).

Une chose m'est pourtant claire à présent. A Bluefields les plus jeunes volontaires ont tendance à prendre un coup de vieux, alors que les plus vieux ont plutôt tendance à prendre un coup de jeune. Et pour une fois je suis content de ne pas faire partie des plus jeunes ! Eux découvrent la pauvreté, pendant que les "vieux" découvrent l'énergie contagieuse de ce pays riche en couleurs. Et on peut se rendre compte que d'une certaine façon plus la vie est dure et plus les gens s'efforcent de la rendre acceptable. C'est peut-être pour celà qu'en Europe on ne fait pas grands efforts et que la vie ressemble parfois à une longue sieste si l'on compare à celle d'ici. En tous cas, si l'on suit cette logique de qui est vieux rajeunit et qui est jeune vieillit, on arrive alors sur la durée à un effet ressort qui lui est bien réel. Pendant quelques mois on se gave de cette énergie de vie, et les mois suivants on se retrouve écrasé par la réalité (et le climat).

Et le fait de vivre en quasi-autarcie dans une communauté semi-recluse et multi-culturelle n'aide pas toujours. Parfois on s'y sent bien, comme dans un cocon confortable, et parfois on s'y sent d'autant plus seul qu'on est entouré. Alors on sort à la recherche de cette énergie qui n'existe que chez les gens d'ici. On vagabonde en ville comme des émigrés. Pas des touristes ni des immigrés, car les touristes peuvent changer d'endroit à leur convenance, et leur réalité quotidienne n'est qu'éphémère. Les immigrés sont quant à eux d'une certaine façon déjà arrivés au bout de leur voyage. Les émigrés en revanche ne sont pas tout à fait arrivés car ils ne resteront qu'un temps, et pourtant ils doivent composer avec la réalité de l'endroit où ils se trouvent. Peut-être que je devrais dire voyageur au lieu d'émigré, je ne sais plus trop. Après 7 années passées hors de son pays d'origine dans différents endroits, est-on encore un voyageur ou est-on devenu un émigré ?

Une chose est sûre, si le voyageur voyage pour changer d'idées, celà veut dire aussi qu'il voyage pour apprendre et avancer. Et quand c'est un projet qui avance c'est encore mieux car c'est toute une équipe qui apprend et une communauté qui avance. Jusqu'à présent j'ai parlé du développement comme d'un outil pour survenir aux besoins fondamentaux de communautés et personnes marginalisées. A commencer par la santé et l'éducation. Et dans les régions isolées comme ici, quoi de mieux qu'une solution locale fabriquée avec des moyens locaux ? Comme sources d'énergie, rien de mieux que le vent et le soleil qui baignent la côte (il existe ici une jolie expression qui se traduit en français par "soleil de pluie", elle désigne la chaleur après une grosse averse). Et pour l'eau potable, des filtres fabriqués directement dans les communautés avec des matériaux que l'on trouve sur les plages alentours.

Mais les technologies liées aux énergies renouvelables sont chères et complexes. Et même en Europe, elles ne se développent que grâce aux subventions de l'état car sinon elles ne seraient pas rentables. Dans tous les cas, ce sont les seules sources d'énergies disponibles sur la côte Atlantique du Nicaragua, mais rendre un projet durable et viable ici recquiert du coup un peu plus de fonds que ceux que peut générer une utilisation de l'énergie domestique. Et comment générer plus de fonds ? Par une micro-entreprise par exemple, une association de personnes ayant un intérêt commun et l'accès à cette énergie.

Un exemple concret, notre installation de deux éoliennes dans la communauté Kahkabila a permis de génerer quelques fonds à travers la recharge de téléphone portables, en plus d'apporter de l'énergie à l'école et au centre de santé. Mais pas encore suffisamment pour couvrir les frais d'entretien à long terme des éoliennes. Un projet similaire en cours dans la communauté de Monkey Point a permis aussi d'apporter de l'énergie à l'école et alimenter une radio qui leur permet de communiquer avec Bluefields. A présent une idée en cours est de les aider à monter une coopérative de pêche qui avec l'énergie produite permettra de garder le poisson pêché au frais. Celà combiné avec la radio permettra à la communauté de vendre son poisson à Bluefields qui dispose d'une usine de traitement pour l'exporter ensuite vers d'autres pays. Celà devrait permettre de générer des fonds relativement importants à l'échelle de la communauté telle qu'elle est maintenant. Ce projet est celui qui va occuper la plupart de mon temps en cette fin d'année et probablement une bonne partie de l'année prochaine.

Car l'idée paraît simple, mais une telle coopérative demande une structure organisationelle que la communauté commence seulement à avoir après plusieurs années de lentes avancées incertaines du projet, pas à pas. Et après avoir cette année réussi avec succès l'installation d'un centre de charge de batteries et de systèmes de lampes à LED par maison, la communauté semble prête - ou pas loin de l'être - pour cette étape suivante qui si elle marche sera un pas supplémentaire fondamental vers le développement de la communauté. Reste à définir les détails pour que la coopéraive bénéficie à toute la communauté et non pas à un nombre limité de personnes, ce qui n'est pas le plus simple ! Sans parler de la définition de la solution technique qui implique de connaitre le marché local de la pêche. Un des nouveaux volontaires a de l'expérience pour avoir travaillé sur des navires de pêche dans le détroit de Béring (au large de l'Alaska), mais après avoir discuté avec les techniciens de l'usine de traitement de poisson et quelques pêcheurs, il en est arrivé à la conclusion qu'ici c'est un autre monde. Il n'y a pas de doutes là dessus !

Pour terminer cet article une grande nouvelle ! Ça y est je suis enfin l'heureux co-propriétaire d'un Cayuco (pirogue taillée dans un tronc unique) flambant neuf (à une ou deux voies d'eau près) ! Sa capacité est de 3 places, et très bientôt il sera dôté d'une belle voile en plastique poubelle. Pardon ... rectification, après une première sortie qui s'est terminée au fond de la baie, la capacité du cayuco est plutôt de 2 personnes. Heureusement l'équipage se porte bien, l'échouage ayant eu lieu à une dizaine de mètres de l'un des bars sur l'eau que compte Bluefields. Et les billets étant ici étanches, on a même pu se payer une bière pour se remettre de l'émotion, dégoulinants de l'eau noire de la belle baie de Bluefields et sous les regards narquois des pêcheurs locaux qui décidément n'en finissent pas de se demander ce qui ne tourne pas rond chez ces gringos ...

En attendant je laisse quelques photos d'un barbecue organisé derrière ma petite maison (celle que je partage avec 2 autres volontaires). Ce n'est pas nous qui avons pêché les poissons comme vous l'aurez compris, mais Allen notre Chef cuisinier de Monkey Point m'a confié avoir déjà pêché certains de ces poissons appelés Pargo rojo (Un peu comme des mérous mais d'une très belle couleur rouge) pesant jusqu'à 75 kg ...


Pour la cuisson, on recouvre le barbecue de fuilles de bananier pour garder la chaleur.

30.6.09

Les veines ouvertes de l'Amérique

Comme je le disais dans un article précédent, la réalité dépasse parfois la fiction en Amérique Centrale. Et quand je suis venu ici, j'étais loin de me douter que je vivrais de près un épisode historique plus propre des années 80 que du 21ème siècle.

Le week-end dernier l'armée hondurienne a pris le pouvoir en occupant le palace présidentiel, et expédié le président élu démocratiquement du Honduras Manuel Zelaya vers le Costa Rica. Les militaires honduriens auteurs du coup d'état sont les héritiers des Escadrons de la Mort, millices militaires au service des dictateurs mis en place par les Etats-Unis à travers l'Ecole des Amériques qui est toujours en place. Dans cette école ont été formés nombre de dictateurs depuis sa mise en place. Pour plus d'informations sur cet évènement, cliquer sur le lien de cet article.



Haz click en cualquier video para verlo
Puedes ver otros en radiomundial.com.ve


La frontière avec le Honduras semble à présent réouverte et c'est tant mieux car on a un volontaire parti en vacances au Guatemala qui doit traverser le Honduras pour pouvoir rentrer. Un ami médecin d'ici est quant à lui parti en bus pour essayer de rejoindre le Honduras et apporter son soutien au gens qui luttent. Il faut dire qu'ici cette histoire réveille de bien mauvais souvenirs. Le Honduras est le pays d'où étaient lancées les attaques de la contra contre le jeune gouvernement sandiniste dans les années 80.

Politiquement parlant, le Honduras est l'un des pires modèles de tout le continent. Heureusement, aujourd'hui un tel régime illégitime est isolé et a peu de chances de prospérer. Le Honduras fait partie de la zone de libre échange d'Amérique Centrale (Salvador, Nicaragua, Guatemala et Honduras), et a signé des traités plutôt contradictoires avec les Etats-Unis (TLC) et l'Alliance Bolivarienne de Chavez (ALBA). Et ses partenaires commerciales n'ont aucun intérêt à voir des militaires interférer dans leurs affaires. Le nouveau gouvernement illégitime n'a donc aucun appui et ne devrait pas faire bien plus long feu que le coup d'état au Vénézuela perpetré en 2002.

Mais même si ce coup d'état a surpris tout le monde, ce n'est pas une réminiscence isolée des années 80. En 2000, tout le monde se surprenait aussi de voir défiler un groupe de révolutionaires, les Zapatistes à Mexico défier le pouvoir en place. Le coup d'état contre Chavez avait aussi de quoi surprendre. Une chose est certaine, pour l'Amérique Centrale la voie du développement semble bloquée. Une personne me disait que la différence entre les années 80 quand elle était enfant et maintenant est qu'à l'époque les gens se fabriquaient des chaussures avec ce qu'ils trouvaient. Aujourd'hui les enfants ont des chaussures en plastique, mais c'est l'unique différence. Pour le reste, les gens sont au moins aussi pauvres qu'il y a 25 ans. Les prix ont augmenté considérablement mais les salaires eux n'ont pas bougé.

D'ailleurs c'est un problème que l'organisation commence à resentir. Plusieurs personnes viennent de démissioner pour aller travailler à la capitale Managua ou au Costa Rica. Une autre issue est de s'embarquer comme steward sur un navire de croisière. Un an en mer pour un salaire d'environ 1000$ par mois. Ici je discutais hier avec une autre personne du salaire d'une cuisinière. Quand elle m'a demandé combien on les payait dans l'organisation, je lui ai répondu qu'environ 100$ (150$ en réalité). Elle a rigolé, me disant qu'ici une cuisinière ne gagnait pas plus de 40$ par mois. Une location à Bluefields coûte autour de 200$, une famille de quatre dépense plus de 100$ par mois juste en nourriture.

J'ai entendu pas mal d'histoires différentes depuis que je suis arrivé ici. Dans la plupart des cas des familles nombreuses de plus de 10 personnes éclatées. Pas d'homme, la mère et des oncles éparpillés à travers le pays, et d'autres au Costa Rica ou aux Etats-Unis. Parfois au Canada ou au Panama, plus rarement en Europe. Les membres de la famille expatriés envoient de l'argent au pays, les remesas, qui permettent de faire vivre toute la famille à peu près décemment et payer les factures. Heureusement la santé est gratuite, ou presque. L'université aussi, sauf qu'ici un diplôme ne sert pas à grand chose. Mais pour une famille qui ne reçoit rien de l'étranger, les choses sont plus compliquées.

Ce week-end j'ai fait la connaissance d'une fille dont l'histoire est assez édifiante. Mariée - pour ne pas dire vendue - à l'âge de 13 ans à un homme de Managua. D'origine Miskito, elle n'a comme beaucoup de gens sur la côte pas d'acte de naissance, encore moins de papiers d'identité, et donc aucun droit. Pour le mariage, il a suffi de dire qu'elle avait 18 ans au lieu de 13. Son père vit en Colombie du trafique de drogue. Sa mère habite une communauté de la côte où je suis passé récemment, Tasbapauni. Elle ne peut pas rendre visite à sa mère qui ne veut pas la voir. La raison est simple, son compagnon a essayé de la violer la dernière fois qu'elle lui a rendu visite. Elle a une fille de 3 ans qu'elle n'arrive pas à nourrir, n'ayant pas de travail. Elle me disait "moi je peux rester plusieurs jours sans manger, mais pas ma fille". Elle habite un hospedage, un hotel insalubre qu'elle paye cher (6$ par nuit). Alors elle s'est résignée à envoyer sa fille chez sa mère. Elle vient aussi de perdre son deuxième enfant peu après sa naissance il y a 3 mois de celà.

Ce n'est pas la première fois que j'entends une histoire comme celle-ci. Le taux de mortalité infantile est très élevé au Nicaragua, et la pauvreté se développe tout comme la violence, petit à petit. Et malheureusement rien ne semble indiquer un inversement de cette tendance du pays à s'enfoncer toujours plus dans la misère. Le Nicaragua n'est pas le seul pays dans ce cas, le Honduras et le Guatemala suivent le même chemin, invariablement jalonné par la corruption et le trafique de drogue. La route du développement est elle barrée. Et pourtant, ici vous n'entendrez pas parler de suicide, de déprime. Facile à comprendre, quelqu'un ici qui est faible se fait piétiner et a peu de chances de se relever, alors on garde la tête haute et on se bat. Cet ami médecin qui est parti au Honduras avec son sac à dos et sa rage au coeur est la personne que je souhaite à tout le monde de rencontrer un jour. Des personnes qui sont capables de mettre leur rage au profit des autres, pas d'une idée abstraite, juste tendre la main et apporter son aide à qui en a le plus besoin.

26.4.09

Métissages

Retour au rythme normal ou presque. Dix jours de vacances au Panama, et quelques semaines avant celà et après à remplacer le directeur du projet parti en Europe et aux Etats-Unis. Rien de bien grave à signaler si ce n'est le vol du petit coffre fort dans lequel la comptabilité gardait l'argent pour payer les travailleurs locaux. Les vacances sont une période faste pour les cambrioleurs en tous genres, et impossible de laisser une maison vide à cette époque. J'ai dû déjà le dire mais l'ONG loue trois petites maisons en plus de la maison principale, et moi je vis dans l'une de celles-ci. Bien agréable, une petite cuisine, une grande table pour travailler et ma chambre à moi depuis un mois. Et heureusement, pas de vol majeur à signaler dans celles-ci durant mon absence.

Le seul désagrément vient du fait que l'eau provient directement du puit et n'est pas de grande qualité. Pour la boire on utilise simplement l'un des filtres à sable volcanique que l'ONG fabrique ici, et qui marchent très bien. Mais on se trouve à présent à la fin de la saison sèche et le puit comme beaucoup d'autres à Bluefields commence à s'assècher. Heureusement, cette année les pluies ont continué au delà du débût de la saison sèche, et viennent juste de réapparaitre alors que le puit venait de livrer ses derniers litres d'or bleu. La maison principale n'a pas ce désagrément car elle utilise l'eau de pluie en plus de celle d'un puit, et depuis peux a été raccordée au réseau. Enfin, pour être exact il convient de dire que depuis un mois que la connection a été faite, ce qui est sorti du soit disant réseau est un filet d'eau malodorant qui ne dure pas plus de quelques heures par jour de toutes façons.

Mais qui dit saison humide dit aussi fin des promenades dans la forêt. C'est pourquoi je vais essayer en ce débût mai d'organiser une rando avec quelques autres volontaires entre deux communautés Rama et Créoles dans lesquelles nous avons un projet: Monkey Point et Bangkukuk. Situées sur une très belle côte parsemée de plages désertes et de forêt dense, elles seront le centre d'une grande agitation ce mois-ci.

Alors que Bluefields se prépare pour un mois de fête (Palo de mayo), on prépare la plus complexe installation réalisée jusqu'à présent. Filtres pour l'eau, panneaux solaires, centre de recharge de batteries domestiques, et kits de lampes à LED de basse consommation avec recharge par énergie solaire pour la plupart des maisons de Monkey Point. D'autres kits mobiles pour Bangkukuk cette fois permettront aux habitants d'aller pêcher ou simplement rejoindre leur maison de nuit, souvent situées loin du centre de la communauté dans la forêt. Deux projets se concentrent en même temps pour pouvoir fournir tout cet équipement qui devrait fournir de la lumière et de l'eau potable à toute la communauté ou presque.

En même temps je travaille sur un autre projet pour la Banque Mondiale sur 2 ans, lequel permettrait de reproduire ce que l'on fait dans ces 2 communautés voisines pour toutes les autres communautés indigènes du territoire Rama. Le territoire Rama couvre une grande partie de ce qui est appellé la RAAS (Région Autonome Atlantique Sud) du Nicaragua, et toutes les terres y figurant appartiennent en théorie aux Rama et Créoles qui y vivent. L'autorité régionale visant à faire respecter ces droits est le Gouvernement Territorial Rama et Kriol (GTR-K), lequel est un important partenaire pour ce projet de la Banque Mondiale, mais aussi pour un autre projet en cours de définition.

Le projet de la Banque Mondiale inclut l'installation de systèmes d'énergie renouvelables ainsi que de systèmes de lampes à LED, et enfin l'analyse de 200 points d'eau pour savoir quelles sources pourraient être utilisées pour le développement de centre éco-touristiques. Et l'autre projet sur lequel je planche maintenant depuis 2 mois est la redéfinition d'un projet existant suite à l'arrivée imprévue du réseau national dans des communautés autour de Pearl Lagoon dans laquelle on devait installer de l'énergie.

Depuis 2 mois j'ai proposé plusieurs alternatives, mais toutes se heurtent à des problèmes tantôt historiques, tantôt politiques, et tantôt sur le type d'impact que l'organisme donateur souhaite. Autrement dit, il s'agît de prendre en compte le contexte historique et politique de la région, en plus d'un facteur d'échelle, ce qui pose nombre de difficultés à différents niveaux. Difficile de tout expliquer en quelques lignes, mais pour résumer il existe un problème avec la frontière agricole qui comme dans d'autres régions comme par exemple l'Amazonie ne cesse d'avancer. Et les exploitations agricoles petit à petit grignotent du terrain sur la forêt, qui dans ce cas sont des terres appartenant aux éthnies indigènes.

Historiquement, la guerre de la révolution puis de la contra ont frêné cette avancée, mais ensuite de nombreux anciens guerrilleros se sont vus offerts des terres dans le territoire Rama par le gouvernement central au nom de la réconciliation nationale. Et petit à petit de nombreuses communautés tenus par des gens venus de la côte Pacfique (appelés Espagnols ou Mestizos) se sont développées, souvent au détriment de communautés existentes indigènes. Et aujourd'hui 80% de la RAAS est peuplée par ces Mestizos. Le GTR-K est un partenaire clé pour nos projets dans la région, et évidemment pour lui les Mestizos sont des colons envahisseurs avec lesquels on ne peut pas travailler. Ce serait en quelques sortes un peu la même chose que de vendre une éolienne à un baron de la drogue. Sauf que celà réduit de 80% le marché potentiel des énergies renouvelables du coup.

Et le nombre de communautés indigènes est au final relativement limité. Une partie d'entre elles se sont par ailleurs vues offert un générateur diesel qui produit beaucoup plus d'énergie que nos systèmes d'énergie renouvelables actuels. L'impact que nous pouvons avoir dans ce cas est la réduction de la consommation de gasoil par l'intégration de systèmes plus grands que ceux que nous produisons déjà. Celà implique de la R&D, et surtout des projets plus grands avec plus de moyens. C'est le cas des projets proposés au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement et le BID (Banque Inter-américaine de Développement). Ceux-ci incluent le développement de systèmes énergétiques plus puissants et leur intégration dans un mini-réseau alimenté pour l'instant par un générateur diesel, dans le but de le rendre à la fois économiquement viable et moins polluant.

Sauf que dans le cas du plus petit projet sur lequel je planche en ce moment, ce que veut l'organisme donateur est un impact plus direct. Avec peux d'argent, apporter la lumière à des familles pauvres qui vivent dans des coins isolés. Mais celà pose un problème logistique d'un côté, et aussi sur comment trouver ces familles éparpillées dans un territoire très grand, en dehors des communautés que l'on connait déjà. Une piste en cours d'analyse est la possibilité d'un partenariat fort avec le Gouvernement Régional (GTR-K) notamment pour la logistique et la sélection de familles bénéficiares potentielles. Et même si celà ne va pas être simple dans la pratique, ce peut devenir un des plus beaux projets que l'ONG aura mené à bien.

Le débat sur le type d'impact et de l'échelle du projet est extraordinairement intéressant. Et il est en lien direct avec la définition de la mission de l'ONG et de ses objectifs, soulevant parfois des contradictions en apparence. Plus l'échelle est grande, moins direct est l'impact local, mais plus grand il est au niveau de l'économie et de l'environnement dans la région. Et par ailleurs, impact indirect n'exclut pas forcément impact direct non plus. Un grand projet sur 3 ans peut permettre de développer une solution plus étoffée avec des systèmes d'énergie plus puissants, mais aussi inclure en même temps des systèmes très simples pour des maisons n'étant pas connectées au mini-réseau d'une communauté, leur permettant ainsi d'avoir au moins de la lumière et de brancher une radio. Parfois comme dans le cas de Tasbapauni dont j'ai déjà parlé, le simple fait d'installer un banc de batteries dans un centre de santé relié à un générateur diesel permet pour moins de 1000$ d'avoir une attention médicale 24 heures au lieu de la durée durant laquelle fonctionne le générateur (souvent moins de 10 heures par jour).

Rapidement pour terminer, celà fait déjà 8 mois que je suis ici, les deux tiers de mon contrat, et les nouvelles du côté de l'Europe pour du travail en rentrant sont plutôt désespérantes: embauches congelées cette année. Donc en solution de secours j'ai négocié une extension de 6 mois pour mon contrat ici. En contrepartie de cette extension, je passerai le mois d'août en Europe, un mois de vacances en plus de celles prévues initialement. Je viens donc de réserver un vol pour Madrid, et arriverai en France autour du premier août, après avoir rendu visite à mes amis d'Espagne. Je reviendrai ensuite au Nicaragua débût septembre pour rester jusqu'à février 2010. Et si la situation n'est pas encore redevenue propice à ce moment, je pourrais alors prolonger encore 6 mois de plus. Dans ce cas, j'aurais droit à une prime de réinsertion de 3700 euros. Mais on n'en est pas là, et dès mon retour de vacances en septembre je bénéficierai d'une indemnisation qui me permettra d'amortir le coût des billets d'avion pour l'Europe.

12.1.09

Nouvelles du projet

Je risque de répèter certaines choses dans cet article qui fait suite à un message que j'ai reçu me rappelant la difficulté de faire comprendre la démarche. Et en l'absence de commentaires sur le blog à ce sujet, il est difficile de savoir ce que les gens en pensent. En revanche j'en profiterai pour éclaircir certains points et donner quelques nouvelles.

D'abord une première chose est que ce blog a pour principal objectif de tenir informés les gens qui me connaissent, avec pour hypothèse de départ que ce cercle de personnes était plus intéressé par les photos de voyages que par des photos d'éoliennes. Mais du coup, certains pourraient penser que je suis en vacances et que le projet n'est qu'un prétexte. Et bien si c'était le cas, ce serait vraiment stupide de ma part. D'abord parce que contrairement aux autres VSI français, je n'aurai pas droit au chômage en rentrant en France, et vu la crise actuelle la réinsertion risque d'être pour le moins aléatoire. Ensuite parce qu'en venant ici je suis passé d'un horaire de travail de 38 heures à 48 heures hebdomadaires. Et enfin, pour ce qui est des palmiers j'en ai vu durant mes voyages mais à Bluefields il n'y a pas de plage. Ce que l'on voit à Bluefields ce sont surtout des chiens galeux et des taxis (il n'existe pas de route pour venir à Bluefields), et l'unique occupation le week-end consiste à aller se ballader dans le bush.

Le projet de blueEnergy n'a pas d'équivalent parmi les ONG étrangères en Amérique Centrale, et la différence avec les autres ONG réside dans l'approche de ce qu'est le développement. Chacun a sa propre vision et définition de ce qu'est le développement, mais la meilleure n'est elle pas celle de celui qui doit en bénéficier ? Il existe aussi une infinité de manières d'évaluer un projet. La plupart des gros donateurs l'évaluent en foncion de la puissance électrique installée. Même s'ils savent que puissance installée n'est pas puissance générée, ni à quoi la puissance générée est utilisée (si elle l'est), mais revenir sur ces critères veut dire remettre en cause des décénies de politiques d'aide au développement plus ou moins teintées de post-colonialisme.

blueEnergy est une petite ONG qui a vu le jour grâce à des amateurs enthousiastes des énergies renouvelables et du développement. Et le professionalisme des grandes ONG qu'ils n'ont pas, ils le compensent avec une vraie volonté d'apprendre et de sans cesse remettre en cause ce qu'ils croient savoir. Résultat: si l'on regarde le site web, on peut se dire que le nombre de systèmes éoliens/solaires installés est faible en 4 ans d'existence et après le passage d'une centaine de volontaires.

Pour éclaircir ce point important, je vais revenir en arrière et parler du premier système installé. Il s'agît d'une petite communauté de Punta de Aguila, au sud de Monkey Point et de Bluefields. Les frères Craig y ont installé leur première éolienne pour l'ethnie Rama avec lesquels leur mère travaille depuis plus de 20 ans. Seulement, 4 ans plus tard leur bonne volonté n'a donné que peu de résultats pour cette communauté, pas vraiment de structure stable pour gérer le système, et personne n'est capable de prendre à sa charge la maintenance.

Cette première expérience, même si loin d'être une réussite, les a convaincu de la nécessité d'un profond travail d'étude et analyse de l'organisation de la communauté avant même de songer à y installer quoi que ce soit. C'est comme celà que le travail social avec les communautés a débûté pour à présent prendre une place très importante et permettre de rectifier les erreurs passées. Mais c'est à ce prix que les premières installations qui ajourd'hui sont reconnues par nos donateurs comme de belles réussites ont vu le jour. L'étude socio-économique s'est affinée au fur et à mesure que l'expérience se capitalisait, et nous comptons à présent avec l'aide d'une personne locale qui a plus de 20 ans d'expérience avec les communautés. Cette personne est ingénieure agro-forestière, et en plus d'enseigner dans une université de Bluefields la gestion de micro-projets, elle nous apporte son aide sur la méthodologie de travail avec les communautés.

C'est ainsi que plusieurs ateliers participatifs ont eu lieu à Kahkabila, la communauté où nous avons installé notre dernière éolienne. Un premier atelier pour former la commission de l'énergie, dont les membres ont suivi ensuite une première formation technique à toutes les opérations de maintenance du système solaire/éolien. Un autre atelier incluant tous les membres de la communauté a été l'occasion de lister les problèmes rencontrés par chaque famille.


On leur a également demandé de dessiner ensemble comment ils imaginaient leur communauté dans plusieurs années.


Une nouvelle rencontre a eu lieu avec un organisme local de micro-crédit, et une étude a été menée pour savoir quelles familles pourraient recevoir une batterie chez eux. Il s'agît de monter en accord avec les responsables de la communauté un plan de micro-crédits réaliste et qui subvienne au mieux aux besoins des gens. La commission de l'énergie mise en place dans la communauté a un rôle fondamental, car c'est elle qui va fixer les règles de ce qui est fait avec l'énergie. Elle va par exemple (avec notre aide) déterminer combien chaque famille peut payer en fonction de ses revenus. Certaines familles sans revenus apporteront une participation sous une autre forme. Elle va aussi participer au processus d'identification des familles qui peuvent être inclues dans le programme de batteries à domicile.

Comme je l'avais déjà mentionné, ce dernier système installé sert à alimenter un centre de santé, dans lequel en plus de pouvoir recevoir les gens la nuit (après 17h), on trouve des vaccins qui peuvent à présent être conservés au frais. Un premier système installé servait déjà à alimenter l'école, et en même temps à recharger les téléphones portables, service pour lequel payent les gens, ce qui leur permet de commercer plus facilement avec la localité proche de Pearl lagoon et de générer un fond commun pour l'entretien de l'éolienne.


Une remarque que j'ai entendue aussi est sur la structure de blueEnergy qui semble professionelle, ce qui peut porter à confusion. L'organigramme de bE a été en réalité imposé en grande partie par les gros donateurs avec qui l'on essaye de travailler: le PNUD (Nations Unies), la Banque Mondiale, la Banque Interaméricaine de Développement et d'autres. Le projet a d'ailleurs récemment été approuvé par le PNUD, lequel cherche à présent des pays qui nous financeront, soit à travers le gouvernement local, soit directement. A cet effet, un gros audit opérationel est en préparation ces prochaines semaines avec l'analyse de tous les process (achats, règlement interne, comptabilité, ressources humaines, mécanismes de prise de décision, etc ... C'est d'ailleurs une matrice de décisions exhaustive qui occupe mes journées en ce moment. Et sans l'organigramme actuel, aucun moyen de passer l'audit avec succès.

Au final, presque tous les volontaires sont managers de quelques chose. L'idée est que chaque activité ait une personne responsable de la faire avancer. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne fasse que superviser d'autres personnes. Parfois le manager est aussi la seule personne à travailler sur le sujet qu'elle manage, mais au moins ses responsabilités et fonctions sont clairement définies. En ce sens, la structure de bE est quasi-professionelle, mais les acteurs restent tous volontaires, y compris le directeur Nicaragua qui est VSI comme moi. Les seuls salariés sont les travailleurs locaux qui eux bénéficient d'un contrat fixe (CDI) avec une couverture sociale complète. Et leur nombre total est presque égal à celui des volontaires internationaux. Le fondateur aux USA est lui aidé financièrement depuis peu par un organisme de soutien aux entrepreneurs sociaux (Ashoka), mais a vécu pendant les 4 dernières années sur le salaire de sa femme. Quant au directeur en France, il travaille à côté et assure son rôle pour blueEnergy sur son temps libre (et parfois son temps de travail ..).

L'effort budgetaire pour payer les salaires des employés locaux est colossal pour une petite structure comme blueEnergy. Mais c'est aussi la première chose dont parlent les gens de Bluefields quand on leur demande ce qu'ils pensent de blueEnergy, connaissant la difficulté à trouver un emploi sur la côte. A ces 13 employés à Bluefields doivent aussi s'ajouter les opérateurs des systèmes installés qui sont rémunérés par la communauté grâce à l'énergie produite. Le financement des salaires et du coût que représentent aussi les volontaires est d'autant plus grand que très peu de donateurs acceptent de les financer, étant considérés comme des frais généraux, plus ingrats qu'un nombre d'installations sur lesquelles on peut aposer son nom.

Il suffit en effet de se ballader à travers le Nicaragua pour constater que la plupart des ponts et ouvrages d'art est accompagné d'une pancarte avec le nom de l'organisme qui l'a financé, ce qui est de bonne guerre. Mais quand on sait que pour chaque éolienne installée le coût du matérial est infime par rapport au reste, alors vous comprenez mieux la difficulté pour financer ces frais qui se répartissent entre voyages en panga dans les communautés, discussions avec les différents acteurs locaux, gouvernement local, mairie à laquelle est rattachée la communauté, organismes de micro-crédit, enquêtes sur le terrain de suivi sur le progrès apporté dans la communauté, suivi de la formation aux opérateurs et du travail de la commission de l'énergie pour chaque communauté, etc ... Heureusement il existe des organismes comme HIVOS qui sont conscients de celà et nous apportent un soutien vital.

Certains employés locaux de blueEnergy ne savaient pas lire ni écrire quand ils ont été embauchés. Avec blueEnergy ils suivent des cours gratuits qui leur permettront d'ici 2 ans d'avoir un niveau correspondant à l'entrée au collège. Beaucoup de personnes au Nicaragua n'ont même pas de carte d'identité car n'ayant jamais été recensés, l'inscritpion des employés à la sécurité sociale a été l'opportunité de régulariser leur situation, leur ouvrant ainsi des droit basiques auxquels ils n'avaient jamais eu accès.

L'impact économique du projet est il alors plus important à Bluefields que dans les communautés ? Celà n'est pas comparable car le rythme des travaux dans les communautés n'est pas le même, et l'avis général d'autres ONG locales présentes depuis 20 ans, et que nous avons rencontrées lors de nos conférences cet automne est unanime: un projet dans une communauté pour devenir auto-géré et viable représente au minimim 5 ans d'efforts continus. C'est le prix à payer pour rendre un développement local durable.

En parallèle, un autre sujet qui nous occupe tout autant est la promotion des énergies renouvelables, afin qu'elles soient enfin inscrites dans le programme du gouvernement et enseignées dans les universités. Vaste chantier mais qui quand il est fait en groupe avec d'autres partenaires et institutions locales peut donner des fruits prometteurs. C'est la raison de la collaboration avec l'INATEC de Bluefields et de Managua, ainsi qu'avec l'Université Nationale d'Ingénierie. L'une des tâches importantes du directeur consiste à fomenter des alliances avec les entités gouvernementales et autres ONG qui accélèreront et renforceront l'impact au niveau local mais aussi national de l'ONG. Ci-dessous l'équipe au complet lors des conférences que nous avons organisées sur les énergies renouvelables et le développement durable:



Un autre sujet enfin tout aussi prenant que l'énergie et complémentaire est l'eau. C'est souvent le problème le plus important dans les communautés avec l'absence d'électricité. L'eau se trouve souvent en quantité mais n'est pas potable. Un premier pas est donc de développer des filtres efficaces et simples à fabriquer sur la côte. Nous avons opté pour des filtres à sable volcanique, dans lesquels se développe une culture de micro-organismes qui vont tuer les bactéries dangereuses pour notre organisme. Ces filtres sont actuellement en test et donnent des résultats très encourageants. Au carrefour entre l'eau et l'énergie se trouve aussi le pompage et la distribution de l'eau. Si l'on combine ces techniques avec la filtration de l'eau, celà nous permet d'apporter une solution intégrale avec un mini réseau de distribution d'eau. Mais de même que l'énergie, l'apport de nouvelles techniques est voué à l'échec s'il n'est pas accompagné d'une activité de sensibilisation et d'un suivi avec les familles qui en bénéficient.

Les 4 ans d'existence du projet permettent de tirer un premier bilan, et un point important est que la partie technique du projet est déjà en bonne partie transférée aux travailleurs locaux, tout comme l'est l'activité d'analyse socio-économique. Les volontaires travaillent de leur côté de plus en plus à développer des applications inovantes à l'énergie qui répondent aux besoins des communautés. Celà aussi se fait en tissant des liens avec d'autres ONG locales ou internationales qui travaillent déjà sur ces solutions, et à nous de les appliquer au contexte local des communautés avec lesquelles nous travaillons.

Dans 2 ans devraient sortir les premiers diplômés de la formation sur les énergies renouvelables que nous ellaborons avec l'INATEC. Ils pourront alors être embauchés par exemple pour construire des pièces de rechange pour des systèmes que blueEnergy a installés, ou pour en installer de nouveaux. D'ici là, blueEnergy devrait avoir commencé à développer une activité commerciale en parallèle au travail avec les communautés. Les communautés ayant un système en place depuis quelques années en seront les premiers clients pour des pièces de rechange. Mais avec le développement des énergies renouvelables dans le pays, d'autres clients potentiels devraient apparaitre peu à peu et cette activité permettra de poursuivre de manière quasi-autonome le projet d'aide au développemnt des communautés. Si tout va bien et se passe de cette façon, le modèle de blueEnergy sera alors prêt à être exporté. L'Afrique est la prochaine étape, mais ne démarrera pas avant quelques années, le temps de consolider le modèle actuel.

Quant à moi, mon travail continue d'évoluer petit à petit. D'abord devenu le coordinateur des volontaires, je commence à présent à coordiner les différents projets de financement. En pratique je dessine le plan des actions à mener dans les différents domaines qui répondent aux engagements avec nos gros donateurs. HIVOS est le plus gros pour l'instant, un autre pour lequel je dois ellaborer un budget et plan d'activités annuel est la fondation de GoodEnergies. Il s'agît de trouver le meilleur compromis entre nos objecifs à nous (peu d'installations mais qui marchent) et ceux des donateurs, ce qui conduit souvent à d'inombrables propositions et ajustements. C'est pourquoi un nouveau bureau à Managua va voir le jour d'ici quelques mois. Mais pour ma part, je ne bougerai pas de ma petite ville perdue au milieu du bush, et dans un mois je serai déjà à la moitié de mon contrat. Le temps passe tellement vite !