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8.10.09

Marcher sur ses propres pas pour ne pas se perdre


Il n'y a rien qui ressemble plus à un mois d'octobre qu'un mois d'octobre. Liège, Paris, Bluefields, il pleut, quelques coups de vent violents, une ambiance de fin de fête. A Bluefields c'est facile à s'y faire puisque rien ne change de toutes façons, et cette deuxième année ressemble à s'y méprendre à la première, si ce n'est quelques changements notables dans mon entourage. Et pour ce qui est des fêtes, la photo ci-dessus montre le carnaval de San Jeronimo qui s'est invité à la maison, le temps de quelques danses avec des diables déguisés en animaux (je décrivais une fête similaire à Panama dans un article antérieur) plus d'autres personnages bien nicaraguayens eux (originaires de Masaya).

Une chose m'est pourtant claire à présent. A Bluefields les plus jeunes volontaires ont tendance à prendre un coup de vieux, alors que les plus vieux ont plutôt tendance à prendre un coup de jeune. Et pour une fois je suis content de ne pas faire partie des plus jeunes ! Eux découvrent la pauvreté, pendant que les "vieux" découvrent l'énergie contagieuse de ce pays riche en couleurs. Et on peut se rendre compte que d'une certaine façon plus la vie est dure et plus les gens s'efforcent de la rendre acceptable. C'est peut-être pour celà qu'en Europe on ne fait pas grands efforts et que la vie ressemble parfois à une longue sieste si l'on compare à celle d'ici. En tous cas, si l'on suit cette logique de qui est vieux rajeunit et qui est jeune vieillit, on arrive alors sur la durée à un effet ressort qui lui est bien réel. Pendant quelques mois on se gave de cette énergie de vie, et les mois suivants on se retrouve écrasé par la réalité (et le climat).

Et le fait de vivre en quasi-autarcie dans une communauté semi-recluse et multi-culturelle n'aide pas toujours. Parfois on s'y sent bien, comme dans un cocon confortable, et parfois on s'y sent d'autant plus seul qu'on est entouré. Alors on sort à la recherche de cette énergie qui n'existe que chez les gens d'ici. On vagabonde en ville comme des émigrés. Pas des touristes ni des immigrés, car les touristes peuvent changer d'endroit à leur convenance, et leur réalité quotidienne n'est qu'éphémère. Les immigrés sont quant à eux d'une certaine façon déjà arrivés au bout de leur voyage. Les émigrés en revanche ne sont pas tout à fait arrivés car ils ne resteront qu'un temps, et pourtant ils doivent composer avec la réalité de l'endroit où ils se trouvent. Peut-être que je devrais dire voyageur au lieu d'émigré, je ne sais plus trop. Après 7 années passées hors de son pays d'origine dans différents endroits, est-on encore un voyageur ou est-on devenu un émigré ?

Une chose est sûre, si le voyageur voyage pour changer d'idées, celà veut dire aussi qu'il voyage pour apprendre et avancer. Et quand c'est un projet qui avance c'est encore mieux car c'est toute une équipe qui apprend et une communauté qui avance. Jusqu'à présent j'ai parlé du développement comme d'un outil pour survenir aux besoins fondamentaux de communautés et personnes marginalisées. A commencer par la santé et l'éducation. Et dans les régions isolées comme ici, quoi de mieux qu'une solution locale fabriquée avec des moyens locaux ? Comme sources d'énergie, rien de mieux que le vent et le soleil qui baignent la côte (il existe ici une jolie expression qui se traduit en français par "soleil de pluie", elle désigne la chaleur après une grosse averse). Et pour l'eau potable, des filtres fabriqués directement dans les communautés avec des matériaux que l'on trouve sur les plages alentours.

Mais les technologies liées aux énergies renouvelables sont chères et complexes. Et même en Europe, elles ne se développent que grâce aux subventions de l'état car sinon elles ne seraient pas rentables. Dans tous les cas, ce sont les seules sources d'énergies disponibles sur la côte Atlantique du Nicaragua, mais rendre un projet durable et viable ici recquiert du coup un peu plus de fonds que ceux que peut générer une utilisation de l'énergie domestique. Et comment générer plus de fonds ? Par une micro-entreprise par exemple, une association de personnes ayant un intérêt commun et l'accès à cette énergie.

Un exemple concret, notre installation de deux éoliennes dans la communauté Kahkabila a permis de génerer quelques fonds à travers la recharge de téléphone portables, en plus d'apporter de l'énergie à l'école et au centre de santé. Mais pas encore suffisamment pour couvrir les frais d'entretien à long terme des éoliennes. Un projet similaire en cours dans la communauté de Monkey Point a permis aussi d'apporter de l'énergie à l'école et alimenter une radio qui leur permet de communiquer avec Bluefields. A présent une idée en cours est de les aider à monter une coopérative de pêche qui avec l'énergie produite permettra de garder le poisson pêché au frais. Celà combiné avec la radio permettra à la communauté de vendre son poisson à Bluefields qui dispose d'une usine de traitement pour l'exporter ensuite vers d'autres pays. Celà devrait permettre de générer des fonds relativement importants à l'échelle de la communauté telle qu'elle est maintenant. Ce projet est celui qui va occuper la plupart de mon temps en cette fin d'année et probablement une bonne partie de l'année prochaine.

Car l'idée paraît simple, mais une telle coopérative demande une structure organisationelle que la communauté commence seulement à avoir après plusieurs années de lentes avancées incertaines du projet, pas à pas. Et après avoir cette année réussi avec succès l'installation d'un centre de charge de batteries et de systèmes de lampes à LED par maison, la communauté semble prête - ou pas loin de l'être - pour cette étape suivante qui si elle marche sera un pas supplémentaire fondamental vers le développement de la communauté. Reste à définir les détails pour que la coopéraive bénéficie à toute la communauté et non pas à un nombre limité de personnes, ce qui n'est pas le plus simple ! Sans parler de la définition de la solution technique qui implique de connaitre le marché local de la pêche. Un des nouveaux volontaires a de l'expérience pour avoir travaillé sur des navires de pêche dans le détroit de Béring (au large de l'Alaska), mais après avoir discuté avec les techniciens de l'usine de traitement de poisson et quelques pêcheurs, il en est arrivé à la conclusion qu'ici c'est un autre monde. Il n'y a pas de doutes là dessus !

Pour terminer cet article une grande nouvelle ! Ça y est je suis enfin l'heureux co-propriétaire d'un Cayuco (pirogue taillée dans un tronc unique) flambant neuf (à une ou deux voies d'eau près) ! Sa capacité est de 3 places, et très bientôt il sera dôté d'une belle voile en plastique poubelle. Pardon ... rectification, après une première sortie qui s'est terminée au fond de la baie, la capacité du cayuco est plutôt de 2 personnes. Heureusement l'équipage se porte bien, l'échouage ayant eu lieu à une dizaine de mètres de l'un des bars sur l'eau que compte Bluefields. Et les billets étant ici étanches, on a même pu se payer une bière pour se remettre de l'émotion, dégoulinants de l'eau noire de la belle baie de Bluefields et sous les regards narquois des pêcheurs locaux qui décidément n'en finissent pas de se demander ce qui ne tourne pas rond chez ces gringos ...

En attendant je laisse quelques photos d'un barbecue organisé derrière ma petite maison (celle que je partage avec 2 autres volontaires). Ce n'est pas nous qui avons pêché les poissons comme vous l'aurez compris, mais Allen notre Chef cuisinier de Monkey Point m'a confié avoir déjà pêché certains de ces poissons appelés Pargo rojo (Un peu comme des mérous mais d'une très belle couleur rouge) pesant jusqu'à 75 kg ...


Pour la cuisson, on recouvre le barbecue de fuilles de bananier pour garder la chaleur.

2.6.09

Tululu

De vuelta al español, ya no me atrevo a decir castellano ! Es el regreso también de las lluvias, después de 5 meses sin agua. Ya era tiempo ya que el nivel de los pozos está en mínimos. Y para celebrarlo, nada mejor que uno de los mejores - sino el mejor - Carnaval de Nicaragua: el Palo de Mayo. Tululu es el nombre que usan los creoles, el más tradicional. Es también el nombre de la canción más popular del carnaval, del grupo Dimensión Costeña.

No tengo fotos porque tuvo lugar - como ha de ser imagino - bajo la lluvia. Lo que no impidió la fiesta sino todo lo contrario, pero las cámaras se quedaron en casa. Y pueden acceder a un video del carnaval a través del título de este articulo o desde aqui mismo. Sin embargo, conseguí una el día anterior para aconpañar a una periodista de los Estados Unidos a visitar uno de nuestros proyectos, aprovechando la ocasión para visitar por fin la comunidad de Monkey Point. En esta comunidad tenemos ahora un proyecto que reune varios componentes: energía, lámparas de bajo consumo con LEDs, y filtros de agua con bio-arena.

Abajo se ve uno de los sistemas domésticos con un pequeño panel solar que da energía para bombillas de LED en la casa. Ocho de estos sistemas fueron instalados, y uno de ellos fue en la casa de la persona que cocina para nosotros cuando vamos a la comunidad. Su caso es interesante porque antes esta persona usaba diesel para tener luz en su casa. Hasta que un día el diesel le prendió fuego a su cama, quemándola en gran parte de su cuerpo. Hoy tiene una luz agradable con energía limpia y sin ningún riesgo.

En otras casas se instalarón baterías grandes que permiten tener luz asi como una pequeña radio en casa. A diferencia de los otros sistemas más pequeños, estas baterías necesitan ser recargadas en un centro de carga alimentado por una turbina eólica que instalemos hace 2 años, y paneles solares adicionales instalados hace poco junto con estos nuevos sistemas domésticos.

Aqui abajo está Bomboy, nuestro operador rasta del sistema eólico/solar y de la radio que alimenta (único medio de comunicación con el exterior). Nos enseña el panel de control con los medidores para la energía producida, asi como el banco de baterías abajo para almacenar la energía.


La gente que usa estas baterías paga una cuota mensual para cargarlas, la cuál va a un fondo comunitario que gestiona la comisión de energía de la comunidad.

El objetivo del fondo es tener una reserva para cuando se dañen equipos eléctricos. La instalación de toda esta parte energética terminó hace apenas 2 semanas y la gente parece muy contenta, ya que hasta ahora solo la escuela tenía energía producida por la turbina eólica. Y nuestro contable que me acompañó en este viaje aprovechó la oportunidad para asegurarse de que la responsable del centro de carga usaba adecuadamente los recibos diseñados especialmente para la conunidad.

Abajo está el centro de carga con la turbina eólica atrás.

Lilian, la persona que se encarga del centro de carga tiene como ventaja una conexión directa al sistema de energía, lo que le permite tener una televisión en casa. Es una forma de retribución para el trabajo que hace con el centro de carga.


En las próximas semanas se instalarán nuevos filtros de agua en diferentes casas, después de haberlos probado en la escuela. Según el maestro Erasmo, los niños de la escuela ya no se enferman desde que fue instalado el primer filtro en la escuela.

Monkey Point es una comunidad hermosa y tranquila, aparte de ser un rompe-cabezas en cuanto a organización. Creoles y mestizos se llevan bastante mal, y aparte de ellos se encuentran algunos Garifunas y Ramas. Y para colmo, Monkey Point es el lugar donde se pretende construir un día un puerto de agua profunda para el posible futuro canal seco. La idea del canal seco consiste en una línea de ferrocarril que atravesaría todo Nicaragua para compensar la saturación del canal de Panamá. Un proyecto tan grande como loco, y mientras tanto los políticos ya lo aprovechan para violentar los derechos de propiedad de la comunidad que se encuentra en el territorio Rama, para el cuál el Gobierno territorial sólo puede decidir sobre nuevas infraestructuras. De hecho, una linea de tren ya existió aqui hace tiempo, por eso ciertas personas de la comunidad creen el proyecto factible, y ya se ven operadores de la linea de tren.

Suerte y hasta pronto Monkey Point !


Ya me quedan menos de dos meses antes de mis vacaciones de regreso a Europa. Este viaje será otra oportunidad para visitar otro país, y no cualquiera: Colombia. Allí pasaré unos días en linda companía antes de volver a Europa, pasando primero por España y en particular Barcelona.

Nos vemos pronto amigos !!

26.4.09

Métissages

Retour au rythme normal ou presque. Dix jours de vacances au Panama, et quelques semaines avant celà et après à remplacer le directeur du projet parti en Europe et aux Etats-Unis. Rien de bien grave à signaler si ce n'est le vol du petit coffre fort dans lequel la comptabilité gardait l'argent pour payer les travailleurs locaux. Les vacances sont une période faste pour les cambrioleurs en tous genres, et impossible de laisser une maison vide à cette époque. J'ai dû déjà le dire mais l'ONG loue trois petites maisons en plus de la maison principale, et moi je vis dans l'une de celles-ci. Bien agréable, une petite cuisine, une grande table pour travailler et ma chambre à moi depuis un mois. Et heureusement, pas de vol majeur à signaler dans celles-ci durant mon absence.

Le seul désagrément vient du fait que l'eau provient directement du puit et n'est pas de grande qualité. Pour la boire on utilise simplement l'un des filtres à sable volcanique que l'ONG fabrique ici, et qui marchent très bien. Mais on se trouve à présent à la fin de la saison sèche et le puit comme beaucoup d'autres à Bluefields commence à s'assècher. Heureusement, cette année les pluies ont continué au delà du débût de la saison sèche, et viennent juste de réapparaitre alors que le puit venait de livrer ses derniers litres d'or bleu. La maison principale n'a pas ce désagrément car elle utilise l'eau de pluie en plus de celle d'un puit, et depuis peux a été raccordée au réseau. Enfin, pour être exact il convient de dire que depuis un mois que la connection a été faite, ce qui est sorti du soit disant réseau est un filet d'eau malodorant qui ne dure pas plus de quelques heures par jour de toutes façons.

Mais qui dit saison humide dit aussi fin des promenades dans la forêt. C'est pourquoi je vais essayer en ce débût mai d'organiser une rando avec quelques autres volontaires entre deux communautés Rama et Créoles dans lesquelles nous avons un projet: Monkey Point et Bangkukuk. Situées sur une très belle côte parsemée de plages désertes et de forêt dense, elles seront le centre d'une grande agitation ce mois-ci.

Alors que Bluefields se prépare pour un mois de fête (Palo de mayo), on prépare la plus complexe installation réalisée jusqu'à présent. Filtres pour l'eau, panneaux solaires, centre de recharge de batteries domestiques, et kits de lampes à LED de basse consommation avec recharge par énergie solaire pour la plupart des maisons de Monkey Point. D'autres kits mobiles pour Bangkukuk cette fois permettront aux habitants d'aller pêcher ou simplement rejoindre leur maison de nuit, souvent situées loin du centre de la communauté dans la forêt. Deux projets se concentrent en même temps pour pouvoir fournir tout cet équipement qui devrait fournir de la lumière et de l'eau potable à toute la communauté ou presque.

En même temps je travaille sur un autre projet pour la Banque Mondiale sur 2 ans, lequel permettrait de reproduire ce que l'on fait dans ces 2 communautés voisines pour toutes les autres communautés indigènes du territoire Rama. Le territoire Rama couvre une grande partie de ce qui est appellé la RAAS (Région Autonome Atlantique Sud) du Nicaragua, et toutes les terres y figurant appartiennent en théorie aux Rama et Créoles qui y vivent. L'autorité régionale visant à faire respecter ces droits est le Gouvernement Territorial Rama et Kriol (GTR-K), lequel est un important partenaire pour ce projet de la Banque Mondiale, mais aussi pour un autre projet en cours de définition.

Le projet de la Banque Mondiale inclut l'installation de systèmes d'énergie renouvelables ainsi que de systèmes de lampes à LED, et enfin l'analyse de 200 points d'eau pour savoir quelles sources pourraient être utilisées pour le développement de centre éco-touristiques. Et l'autre projet sur lequel je planche maintenant depuis 2 mois est la redéfinition d'un projet existant suite à l'arrivée imprévue du réseau national dans des communautés autour de Pearl Lagoon dans laquelle on devait installer de l'énergie.

Depuis 2 mois j'ai proposé plusieurs alternatives, mais toutes se heurtent à des problèmes tantôt historiques, tantôt politiques, et tantôt sur le type d'impact que l'organisme donateur souhaite. Autrement dit, il s'agît de prendre en compte le contexte historique et politique de la région, en plus d'un facteur d'échelle, ce qui pose nombre de difficultés à différents niveaux. Difficile de tout expliquer en quelques lignes, mais pour résumer il existe un problème avec la frontière agricole qui comme dans d'autres régions comme par exemple l'Amazonie ne cesse d'avancer. Et les exploitations agricoles petit à petit grignotent du terrain sur la forêt, qui dans ce cas sont des terres appartenant aux éthnies indigènes.

Historiquement, la guerre de la révolution puis de la contra ont frêné cette avancée, mais ensuite de nombreux anciens guerrilleros se sont vus offerts des terres dans le territoire Rama par le gouvernement central au nom de la réconciliation nationale. Et petit à petit de nombreuses communautés tenus par des gens venus de la côte Pacfique (appelés Espagnols ou Mestizos) se sont développées, souvent au détriment de communautés existentes indigènes. Et aujourd'hui 80% de la RAAS est peuplée par ces Mestizos. Le GTR-K est un partenaire clé pour nos projets dans la région, et évidemment pour lui les Mestizos sont des colons envahisseurs avec lesquels on ne peut pas travailler. Ce serait en quelques sortes un peu la même chose que de vendre une éolienne à un baron de la drogue. Sauf que celà réduit de 80% le marché potentiel des énergies renouvelables du coup.

Et le nombre de communautés indigènes est au final relativement limité. Une partie d'entre elles se sont par ailleurs vues offert un générateur diesel qui produit beaucoup plus d'énergie que nos systèmes d'énergie renouvelables actuels. L'impact que nous pouvons avoir dans ce cas est la réduction de la consommation de gasoil par l'intégration de systèmes plus grands que ceux que nous produisons déjà. Celà implique de la R&D, et surtout des projets plus grands avec plus de moyens. C'est le cas des projets proposés au PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement et le BID (Banque Inter-américaine de Développement). Ceux-ci incluent le développement de systèmes énergétiques plus puissants et leur intégration dans un mini-réseau alimenté pour l'instant par un générateur diesel, dans le but de le rendre à la fois économiquement viable et moins polluant.

Sauf que dans le cas du plus petit projet sur lequel je planche en ce moment, ce que veut l'organisme donateur est un impact plus direct. Avec peux d'argent, apporter la lumière à des familles pauvres qui vivent dans des coins isolés. Mais celà pose un problème logistique d'un côté, et aussi sur comment trouver ces familles éparpillées dans un territoire très grand, en dehors des communautés que l'on connait déjà. Une piste en cours d'analyse est la possibilité d'un partenariat fort avec le Gouvernement Régional (GTR-K) notamment pour la logistique et la sélection de familles bénéficiares potentielles. Et même si celà ne va pas être simple dans la pratique, ce peut devenir un des plus beaux projets que l'ONG aura mené à bien.

Le débat sur le type d'impact et de l'échelle du projet est extraordinairement intéressant. Et il est en lien direct avec la définition de la mission de l'ONG et de ses objectifs, soulevant parfois des contradictions en apparence. Plus l'échelle est grande, moins direct est l'impact local, mais plus grand il est au niveau de l'économie et de l'environnement dans la région. Et par ailleurs, impact indirect n'exclut pas forcément impact direct non plus. Un grand projet sur 3 ans peut permettre de développer une solution plus étoffée avec des systèmes d'énergie plus puissants, mais aussi inclure en même temps des systèmes très simples pour des maisons n'étant pas connectées au mini-réseau d'une communauté, leur permettant ainsi d'avoir au moins de la lumière et de brancher une radio. Parfois comme dans le cas de Tasbapauni dont j'ai déjà parlé, le simple fait d'installer un banc de batteries dans un centre de santé relié à un générateur diesel permet pour moins de 1000$ d'avoir une attention médicale 24 heures au lieu de la durée durant laquelle fonctionne le générateur (souvent moins de 10 heures par jour).

Rapidement pour terminer, celà fait déjà 8 mois que je suis ici, les deux tiers de mon contrat, et les nouvelles du côté de l'Europe pour du travail en rentrant sont plutôt désespérantes: embauches congelées cette année. Donc en solution de secours j'ai négocié une extension de 6 mois pour mon contrat ici. En contrepartie de cette extension, je passerai le mois d'août en Europe, un mois de vacances en plus de celles prévues initialement. Je viens donc de réserver un vol pour Madrid, et arriverai en France autour du premier août, après avoir rendu visite à mes amis d'Espagne. Je reviendrai ensuite au Nicaragua débût septembre pour rester jusqu'à février 2010. Et si la situation n'est pas encore redevenue propice à ce moment, je pourrais alors prolonger encore 6 mois de plus. Dans ce cas, j'aurais droit à une prime de réinsertion de 3700 euros. Mais on n'en est pas là, et dès mon retour de vacances en septembre je bénéficierai d'une indemnisation qui me permettra d'amortir le coût des billets d'avion pour l'Europe.

1.3.09

La théorie du changement

Quand je repense à mon ancienne expérience de management de projet en Amérique, je ne peux m'empêcher de penser que ma mission ici tient de la Mission Impossible. On doit apporter l'électricité et l'eau dans 2 communautés les prochains mois, seulement voilà ... La première vient de se voir offrir un extrêmement coûteux (et joli) cadeau du gouvernement par l'arrivée du réseau électrique national, fruit d'un pacte politique qui a court-circuité tous les niveaux de décision nationaux et régionaux. Dans l'autre communauté, de prochaines élections des leaders communautaires engendre une bataille politique généralisée bloquant tout projet. Sauf que le "miens" de projet il doit aboutir avant la fin de l'année sous peine de non-paiement de la part de la fondation qui le finance, ce qui est aussi grave pour la communauté que pour nous.

En même temps, le plus gros projet que nous avons et que je dois aussi coordoner connait le même problème dû à l'arrivée du réseau, et c'est la raison pour laquelle j'ai passé ces 2 dernières semaines en réunion entre brainstorming et sessions tonitruantes de "Théorie du changement". La théorie du changement consiste à écrire toutes les hypothèses de base qui guident nos actions et les valider - ou invalider - une par une. En même temps, définition d'une nouvelle stratégie pour redéfinir les activités de chaque projet, et construction d'un cadre logique, autre grande théorie en vogue dans les projets de développement en ce moment qui vise elle à articuler des actions d'une manière logique avec pour but de l'exercice la définition d'objectifs à court, moyen et long terme claires, cohérents et si possible réalistes.

Pas mal de frustration donc mais au final l'exercice a donné ses fruits, et il parait que ce sont les crises qui nous font avancer. Et à présent que le gros de la crise est passé, on peut dire que la vision du projet a mûri. D'abord dans le choix des solutions techniques et de leur validation, et ensuite dans la définition des objectifs à moyen terme.

Par ailleurs, j'ai rencontré ces jours le responsable du Programme des Nations Unies pour le Développement à Bluefields, et il en est sorti quelques échanges prometteurs sur l'avenir du projet d'ici 5 ans. L'une des idées sorties est l'implication de l'UNICEF dans la partie éducation et eau du projet actuel. Avec d'avantage de fonds comme ceux de l'UNICEF il deviendrait possible de développer des partenariats à long terme comme avec le Ministère de l'Education. Celà permettrait entre autres d'accéder aux écoles dans les communautés et de former certains enseignants aux énegies renouvelables et développement durable.

En même temps un autre projet avec la Banque Mondiale commence à se préciser avec là aussi une possible extension du projet via une agence de développement danoise appelée DANIDA qui a des fonds pour l'enseignement technique au Nicaragua, ce qui pourrait faire avancer notre projet CERCA (reconversion du centre technique où nous avons nos installations en un Centre Ecologique Régional de Capacitation Environnementale). A suivre donc ...

En attendant j'ai eu l'occasion d'aller me promener dans quelques communautés - possibles futurs points d'implantation de systèmes d'énergie et eau - et en ai ramené quelques photos et impressions. D'abord de Kahkabila où les membres de la communauté présentaient leurs futurs projets de développement après l'arrivée du réseau. Il est intéressant de constater que les habitants se sont attachés aux deux éoliennes installées et nous ont demandé de bien vouloir ne pas les leur retirer malgré le réseau. Elles pourraient servir de backup aux coupures malheureusement fréquentes du réseau.

Une autre petite communauté que nous avons visitée pour la première fois s'appelle La Fe. Moins de 20 maisons éparpillées sur un joli coin de terre au bord de la lagune de Pearl Lagoon. Les gens ont montré un grand intérêt tout en nous confiant qu'ils espéraient être les prochains sur la liste des heureux raccordés au réseau après Kahkabila qui n'est pas très loin. Mais pour l'instant seul une personne au gouvernement sait ce qu'il en est, et ne semble vouloir partager son secret avec personne.



Petite réunion improvisée avec les représentants de la communauté La Fe pour discuter de leurs besoins. Et ceux-ci ne manquent pas, pas d'électricité, pas de moyens de communication, pas de centre de santé ... la communauté petit à petit se vide en raison de ces manques. La Fe porrait faire partie de l'un de nos projets supposés commencer cet été avec les Nations Unies, si le financier - la Finlande - l'accepte.

Une plus grosse communauté plus au nord, Tasbapauni. Plus de 30 km au nord d'une autre communauté avec laquelle nous avons déjà travaillé et devrions travailler à nouveau cette année, Set Net Point. Les deux sont connues comme un point de passage de la drogue, se trouvant sur la côte alors que les autres mentionnées plus haut se trouvent sur une lagune. L'eau y est de très mauvaise qualité, les puits se trouvant trop près de la mer, et le médecin nous a parlé de nombreux problèmes de santé dûs à l'eau et à la fumée de bois dans les maisons entre autres.

La communauté est assez grande, pas loin de 2000 membres, et compte un réseau électrique local alimenté par un générateur diesel. Ces générateurs sont subventionnés aux trois quarts par la compagnie nationale et représentent un gouffre financier, en plus de la difficulté de trouver des pièces de rechange et un service limité à 10 heures par jour. Dans une communauté de cette taille, un nombre important de patients doit être soigné la nuit, pour l'instant à la bougie.Un banc de batteries suffirait à palier ce problème, peut-être un futur travail pour nous si la municipalité participe aux frais.

Et c'est justement l'assistante au maire qui nous y a conduit, étant elle-même de Tasbapauni. Elle aimerait que l'on y revienne pour améliorer le service électrique, mais pas seulement au centre de santé. Il se trouve que la réduction de la consommation de diesel est un sujet d'actualité. Les enjeux ne sont pas les mêmes que dans les communautés privées d'électricité, mais le sujet est critique du point de vue de la tarification qui ne prend pas en compte les familles à bas revenus, ceux-ci ne pouvant payer l'électricité. Un futur chantier est donc de lancer une campagne de réduction de la consommation d'énergie en changeant les ampoules incandescentes par des LEDs d'une part, et en intégrant des systèmes d'énergies renouvelables dans le réseau local d'autre part. A terme, il s'agît de rendre un réseau local plus propre écologiquement parlant et viable. En même temps, celà permettrait pour la communauté de faire un premier pas vers l'indépendance énergétique, condition importante pour pouvoir poursuivre son propre développement sans dépendre du gouvernement central peux soucieux de leur sort.

D'ailleurs ce sujet ouvre la porte à un autre sujet pour le moins tabou mais dont je peux commencer à parler ici. Il y a quelques mois avant de venir ici j'avais écrit un article assez dur sur les gros barrages hydro-électriques et les bio-carburants comme sources d'énergie soit disant propres. Il est pourtant important de faire la distinction entre ces sources d'énergie à grande échelle et leur utilisation à une échelle locale. Pour l'hydro-électricité, mon voyage à la communauté de Durika m'a convaincu que pour couvrir des besoins locaux, c'est non seulement la source d'énergie la moins poluante avec le plus faible impact environnemental, mais aussi la moins chère. Pour ce qui est des bio-carburants, ils posent plusieurs problèmes difficilement contournables à grande échelle, à savoir qu'ils concurrencent la production d'aliments, et qu'ils présentent un impact environnemental considérable, surtout quand on plante dans des régions boisées.

Près de Pearl Lagoon il existe deux projets de production à l'échelle locale de bio-carburants, tous deux avec l'appui de l'une des ONG locales de préservation agro-forestière les plus importantes. L'un des projets vise à étendre une surface de cocotiers au sud de Tasbapauni et d'utiliser l'huile des noix de coco pour la transformer en carburant. L'autre consiste à replanter une forêt native de pins Caraïbe déboisée il y a longtemps. De ces pins on peut extraire la sève qui sera transformée aussi en carburant. Nul besoin de couper aucun arbre, lesquels font partie d'une forêt originaire du coin, pas d'essence importée donc ni de pesticides.

L'étude de viabilité socio-économique et technique reste à faire, mais si le résultat est positif, celà permettra à la communauté de générer suffisamment d'énergie pour développer des commerces locaux et devenir autonome énergétiquement. C'est l'un des nombreux paradoxes du développement, certaines solutions sont bonnes dans un certain contexte et néfastes dans un autre. Le danger étant de trop simplifier, et de juger une solution indépendamment du contexte et de l'échelle à laquelle on veut l'appliquer. L'exercice de réflexion est relativement similaire à celui qui consiste à affronter un tabou, il faut accepter le débat même si l'on n'est pas sûr d'aimer la conclusion.

Une petite note pour terminer sur le projet de production de bio-carburant à l'aide de sève de pins. Ce projet a déjà été implanté il y a pas mal d'années en Colombie, dans le cadre d'un projet de développement bien connu, las Gaviotas. Si vous n'avez pas entendu parler de ce projet, je vous conseille de chercher de quoi il s'agît, l'un des projets emblêmatiques de développement durable dans une zone réputée très difficile. Et enfin pour ceux qu'intéressent le projet de blueEnergy, un petit reportage sur l'une de nos installations à Monkey Point.